Edgard Pisani est mort

Ministre de l’agriculture du général De Gaulle de 1961 à 1966, c’est lui qui a «modernisé» l’agriculture française.

Cela lui avait été possible en s’alliant avec principalement le CNJA (les jeunes de la Fnsea) et des mouvements ruraux et agricoles chrétiens «progressistes» contre les «anciens» de la Fnsea alliés aux «notabilités» locales. En alliance avec Sicco Mansholt au niveau européen, c’est cette politique, mise en place par un système de COGESTION état / profession qui a permis l’augmentation des rendements par l’usage systématique des engrais et produits chimiques de synthèse, (assorti aux aides financières proportionnelles à la quantité), le recours général aux importations de protéine, les exportations à perte de produits agricoles à prix cassés (et donc cassant pour les paysans des pays clients) possibles grâce à leur subventionnement par les fonds européens (politique des «restitutions»), qui a permis d’envoyer travailler dans les usines de l’industrie (pas uniquement agroalimentaire) l’essentiel de la population agricole et rurale.

Sa rigidité bien connue ne l’a cependant pas empêché de changer ensuite (vote de la motion de censure du gouvernement Pompidou en 1968) puis, plus tard, de «revenir» sur la politique qu’il avait imposée.  Après.  Comme toujours avec les décideurs «repentis» : une fois les choix faits, habilement et/ou violemment imposés puis réalisés, malgré et contre les critiques et oppositions contemporaines qui n’avaient pas été entendues.

Ci dessous transcription de propos récents d’Edgard Pisani, tirés du film documentaire de 2008 disponible en dvd de Karine Bonjour et Gilles Perez «les paysans, 60 ans de révolutions» que les biaux jardiniers recommandent chaleureusement à toute personne souhaitant comprendre l’histoire de l’agriculture française de 1945 à nos jours. (Lien vers l’extrait Jean Huillet et lien Bernard Fontaine.

Edgard Pisani
«je m’accuse d’avoir trop insisté sur le rembrement ; pour moi, j’ai suivi mes ingénieurs du Génie Rural, je ne leur en fais pas reproche, c’était moi le responsable. Pourquoi le remembrement ? pour moi, je voyais une haie qui sépare 2 parcelles et qu’il fallait supprimer. J’ignorais que souvent, cette haie, c’était un ruisseau. En supprimant la haie, on créait un problème, je ne m’en suis rendu compte qu’après» (*)

«je ne peux pas dire que je plaide coupable, mais j’ai le sentiment d’avoir eu tort»

«la modernisation de l’agriculture et l’attrait de la ville qu’offrait l’emploi a accéléré, au delà de ce que nous attendions, bien au delà de ce que nous attendions, la migration rurale. Si on nous avait dit, si nous avions senti le risque que nous courrions dans cette évolution qui vidait l’agriculture souvent de ses enfants les plus dynamiques, les plus courageux, je ne sais pas si nous n’aurions pas essayé d’inventer quelque chose d’autre»

«je suis furieux, mais furieux ! contre ceux qui achètent des milliers d’hectares pour produire du carburant, comme si la voiture était aussi précieuse que l’homme. Elle ne le sera jamais. L’agriculture a une vocation première, c’est la vie humaine»

Dans le même film, un paysan, victime du remembrement, condamné pénalement, affirmait :
«celui qui reconnait son erreur a droit au respect, mais enfin, la nature, est ce qu’elle lui pardonne, à lui ?»

Edgar Pisani, toujours, énonçait ailleurs dans une conférence que «le travail du paysan consiste économiser ce dont il dispose et à se passer de ce dont il manque «

Chiche ???

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note en bas de page

(*) Élus et décideurs de tout poil sont à ce point certains de leurs compétences et confiants dans leurs capacités de choix que çà n’est pas par la réflexion préventive qu’ils comprennent, parfois, le cas échéant, l’ensemble des divers bouts de la réalité, mais seulement lors du brutal retour du baton.

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