Auto construction et train de bêches roulantes

Lors des rencontres de l’atelier paysan qui ont eu lieu cet été 2016 près de Cluny (Saone et Loire), les Biaux Jardiniers avaient «exposé» dans le pré «dédié» (comme on dit au XXIème sciècle en langage administratif branché) un des bâtis qu’ils attellent soit seul au tracteur

Train de bêches roulantes adaptable aussi derrière le cultibutte

soit à la place de la herse d’origine derrière leur «cultibutte de la toute première génération mais modernisé réf AAC2011/AP2016/71 500».

En effet, non seulement les Biaux Jardiniers ont eu à l’époque (hiver 2010/2011) la chance de participer, avec plusieurs autres «mordus»

au premier stage de formation à l’autoconstruction accompagnée (pour revenir sur cette aventure qui s’est ensuite transformée en création de la SCIC l’atelier paysan : LIEN),  mais en plus ils ont eu la chance de pouvoir participer au premier stage de «modernisation» des cultibuttes de la première génération qui a eu lieu cet hiver 2015/2016.

En effet, les capacités d’adaptation et récupération de matériel des paysans bio semblent assez peu limitées : bien des utilisateurs de cultibutte ne se sont pas contentés de s’en servir «tel quel». Ils ont modifié selon les problèmes rencontrés et leurs besoins (ceux de leur sol plus précisément). Des photos ont circulé sur le forum de l’Atelier Paysan, qui a centralisé, puis mis en forme et ensuite diffusé toutes ces trouvailles LIEN.

Et évidemment, Joseph a fabriqué un prototype dont la réalisation a ensuite été proposée en stage d’autoconstruction pour l’adaptabilité du cultibutte. C’est un rouleau de barres rondes et divisées en secteurs, à vocation de «casse-mottes». Ce nouveau rouleau qui avait été baptisé «crosskicage» ne répond pas du tout aux besoins des sols maraîchers du Val de Seille, mais le Biau Jardinier avait suivi ce stage pour sa propre formation technique et aussi pour y construire des bâtis «vides» dans le but d’y insérer différents outils de finition adaptés à sa situation. Ces bâtis peuvent donc être attelés soit derrière le cultibutte amélioré par son nouveau système de deuxième triangle et donc à la place de la herse, soit seuls derrière le tracteur, grâce au triangle d’attelage automatique.

Plusieurs «projets outil» sont dans les cerveaux des Biau Jardiniers de Grannod, et bien sûr, seuls certains ont été réalisés : mais pour sa première année d’installation, le Biau Jardinier a déjà dû mener de nombreux chantiers… et puis il faut garder du travail pour les longues soirées d’hiver ! et les années à venir !

Deux bâtis secondaires de cultibutte ont donc été construits en stage et «remplis» à la ferme : un double rouleau de vibro, un train de bêches. Dans les deux cas les pièces travaillantes sont issues de «récup». Ces outils ont été utilisés toute cette saison 2016 avec de beaux résultats, c’est à dire correspondant à ce qu’on en attendait, soit attelés au cultibutte, soit en solo.

Le double vibro

peut permettre la reprise de la butte et la préparation finale de la planche en un seul passage.

Double rouleau de vibro attelé derrière cultibutte modifié en reprise de butteuse

Pour améliorer la finition des bords de la planche, les biaux jardiniers envisagent d’ajouter deux rouleaux de faible largeur et d’un diamètre plus important. La matière est disponible dans le tunnel sous lequel est rangé le stock de «vieille ferraille qui peut encore servir de minerai d’outils» : cet hiver ?

Le train de bêches.

C’est quoi ?

Un outil «tendance» !

très tendance, même, mais depuis seulement quelques années, et après une sévère «traversée du désert» de finalement un demi siècle… Commentaire de notre vieux voisin agriculteur en retraite, qui nous avait cédé son train de bêches : «ben oui, maintenant, ils ont des fermes bien trop grosses !»

Un outil «traditionnel» !

composé d’un bâti avec un ensemble d’axes sur lesquels sont fixées les pièces travaillantes. Chacune est constituée de 4 lames (de forme et angles «aérodynamiques») assemblées en croix. Ces lames en croix font tourner les axes, montés sur paliers, par la seule réaction du travail superficiel des bêches sur le sol ; il n’y a pas d’entrainement par la prise de force.

Soltner les bases de la production végétale  t1 (1979)

Les axes sont comme dans les nombreux outils à disque «traditionnels» installés sur le chassis de façon à ne pas constituer un angle droit avec le sens de travail : dans le but de donner plus d’agressivité aux pièces travaillantes. Souvent dans les cover crop, le réglage de l’angle de travail se fait avec des vérins. Ci dessous photo de l’adaptation de cover crop que les biaux jardiniers ont réalisée pour le travail en planches permanentes, notamment en y associant le bâti mobile porte disques d’entretien des allées «modèle cultibutte».

Traditionnellement sur le train de bêches, le changement d’angle se faisait par déplacement manuel de chaque axe sur le coté extérieur du bâti, ce qui était rendu possible grâce à au mode de fixation «souple» au centre du bâti.

Le mode de fixation central permet la souplesse pour les réglages d'angle de travail.

Le train de bêches roulantes (aussi appelé houe dans certaines régions) a été longtemps beaucoup utilisé en Bresse, car bien adapté à des situations souvent rencontrées dans les limons battants de Bresse.

Deux montages différents.

Le train de bêches est utilisé dans deux montages différents.

Le montage «national»

Ce montage, le plus répandu nationalement, est celui de 3 paires d’axes assemblés au milieu de l’outil selon le même principe qu’un déchaumeur à disques (travail en biais par rapport à l’axe d’avancement). La partie centrale du bâti était concue pour permettre de lester l’outil avec de la grosse ferraille, voire des pelletées de terre, comme le biau jardinier l’a vu chez un voisin il y a 20 ans (mais comme le Biau Jardin de Grannod n’avait pas de site, il n’y a pas eu de photo de prise…), des vieux morceaux de maçonnerie, etc… ( les pierres sont rares dans le fossé bressan !).
C’est ce modèle que les biaux jardiniers utilisaient au début de leur réinstallation en Bresse, alors qu’ils travaillaient en planches non permanentes avec engrais vert un an sur deux, et donc possibilité de travail du sol perpendiculaire aux planches, dans la grande longueur de la parcelle. C’était à la fin du millénaire précédent… Le train de bêches roulantes permettait un passage de finition ou la destruction d’un faux semis. Il permettait aussi, suffisamment lesté et en plusieurs passages, de détruire et incorporer un engrais vert (vert, pas jaune !!!) (* voir note en bas de page). C’est ce genre de modèle qu’on peut acheter sur les sites de matériel d’occasion, et dont une rapide recherche «sur le net» permet de trouver les pĥotos des divers modèles que l’industrie du matériel agricole refabrique depuis quelques années (comme quoi…).

Le montage «bressan»

Dans le montage bressan «typique», il n’y a que 2 paires d’axes munis de bêches en croix. Et le bâti qui, en vue de dessus, ressemble à un losange très fermé, est construit de telle façon que la motié gauche comme la moitié droite soient mobiles dans le sens vertical, ce qui permettait de reprendre les sols hydromorphes précédemment labourés en billons (ou ados) pour lutter contre l’eau stagnante. L’articulation rendait possible que l’outil suive le modelé créé par le travail d’avant l’hiver.

C’est un exemplaire de ce modèle qu’il y a une dizaine d’années, le Biau Jardinier avait donné à ses collègues maraîchers des Jardins du Temple (nul doute que Joseph en fera quelque chose de bien) plus avancés que lui dans l’autoconstruction d’outils adaptés à la démarche des planches permanentes : les sols maraîchers du Biau Jardin de Grannod n’ont pas besoin des buttes si bombées auxquelles cette forme articulée de bêche est très bien adaptée.

Il y a plusieurs années,

c’est  son train de bêches «montage national», modèle à 3 paires d’axes, que le biau jardinier avait modifié pour tenter d› en faire un outil de déchaumage des engrais verts mais adapté aux planches permanentes. Il avait donc été réduit en largeur et complété de déflecteurs mobiles sur les cotés.

Adaptation merdouilloux pour planche permanentes du train de bêches montage "national"

Mais avec le passage en planches permanentes, la situation avait changé : le manque de vitesse dû à la faible longueur des planches a découragé la démarche. Il faudrait faire quelques autres modifications pour retenter l’aventure ! Plus tard ?

Bati pour cultibutte

Par contre dans le bâti de bêches prévu pour compléter le cultibutte, les biaux jardiniers ont choisi fixer les axes de bêche parfaitement perpendiculaires à l’axe du travail, de façon à limiter l’agressivité des bêches sur le sol car le but n’était pas du déchaumage ; plutôt un mix entre nivellement du haut de la butte, exposition à l’air des quelques touffes d’engrais vert non encore détruites risquant de reprendre, émiettement, aération de surface en fin d’hiver, etc…

Il reste encore assez de matière issue des bêches d’origine pour espérer réaliser d’autres développement d’outils… plus tard…

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Les biaux jardiniers sont bien satisfaits du travail que font ces deux petits bricolages, non seulement pour une finition avant semis ou la destruction d’une levée d’adventices sur une planche buttée,

mais aussi pour reprise rapide d’une planche après récolte d’un légume (avant d’y semer un engrais vert) sans bourrage grâce aux rouleaux.

Pour ce dernier usage, les Biaux Jardiniers ont aussi utilisé le «roloflex» (LIEN). Et avec grande satisfaction. Il leur faudra en faire un autre article… plus tard !

* note en pas de page

Merci au lecteur de penser à méditer cette remarque de Dominique Berry, respectée tête de réseau Rhône Alpes des techniciens maraîchers bio, qui est extraite de sa présentation « données technico-économiques des systèmes maraîchers diversifiés » :
« L’usage qui peut être fait des données doit nécessairement faire référence au contexte dans lequel elles ont été établies, sans quoi l’interprétation en sera probablement erronée. »

Le cultibutte comme outil de fissuration ET finition après la butteuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

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