Une ferme maraîchère diversifiée

Nous avons d’abord vécu 17 années de maraîchage bio, sur une ferme devenue trop petite dans une commune où nous n’avions pas la possibilité d’un agrandissement suffisant pour maintenir une rotation culturale extensive à base d’engrais verts pluri-annuels. De plus, la route qui traverse la commune devait être transformée en 2 * 2 voies, ce qui ne manquerait pas d’en augmenter toutes les nuisances. Nous avions donc décidé de chercher notre bonheur ailleurs : dans les Monts du Lyonnais, où nous étions attirés par la dynamique tant collective et technique qu’économique et syndicale, que par des amitiés.

Sans résultat satisfaisant après 4 années d’intensives démarches sur un très large secteur (et bien des hésitations !), nous avons donc réorienté nos recherches en Bresse Bourguignonne, sur le Louhannais, traditionnel bassin de production maraîchère doté de circuits collectifs d’arrosage . Et nous avons pu nous réinstaller en 1996 à Sornay, grâce à l’investissement de 80 personnes dans le Groupement Foncier Agricole  «des Jardins qui Chantent». C’est cette action collective qui nous a permis de trouver assez de surface pour, dans un environnement encore préservé, créer la «ferme jardinière» que nous mettions en valeur à deux (Françoise Gauthier et Pascal Pigneret jusqu’à leur retraite) : le Biau Jardin de Grannod.

Et qui est cultivée et développée par leur fils Matthieu Gauthier depuis 2016, avec maintenant l’aide permanente de deux salariés en CDI : Charline et Vivien.

http://sd-1.archive-host.com/membres/images/83700288762628507/pour_nous_la_bio/panneau_entree200.JPG

Les caractéristiques propres des différentes parcelles permettent de diversifier les productions et renforcer l’autonomie de la ferme en valorisant chacune selon son potentiel :

  • bonnes terres plates à vocation maraîchère et potentiellement arrosables, pour une gamme diversifiée de légumes,
  • prairies permanentes, pour la vente ou l’échange de foin, voire le paturage,
  • grandes parcelles de terres labourables, aptes aux céréales à paille, légumineuses, « gros légumes », et bien sûr à la prairie temporaire,
  • prairies humides voire inondables favorisant la diversité de la flore et de la faune,
  • bois, bocage, etc… pour un milieu équilibré, potentiellement producteurs d’énergie renouvelable et locale.

Nous bénéficions donc d’un environnement très diversifié avec les 35 hectares très bien groupés de la ferme qui permettent une rotation agronomique équilibrée, gage de durabilité.

Ce genre de petite ferme se rencontre beaucoup plus rarement (d’autant plus à tarif non spéculatif…) en zone péri-urbaine, surtout si on tient à un environnement préservé ! Raison pourquoi nous vivons en pleine campagne : loin des villes et aussi donc, des grands bassins de consommation. Mais, au delà des modes médiatiques, nous pensons que c’est bien là la place des paysans :

  • dans les campagnes !
  • pour les faire vivre !!
  • en Bio !!!

15 ha de prairie permanente.

Notre ferme maraîchère compte 15 hectares de prairie permanente, avec des expositions et des sols différents : grande parcelle plate dans la «prairie» de Seille, ou bien petites parcelles en environnement humide et boisé, ou encore prairie permanente vallonnée. Elles apportent plusieurs avantages à la vie de la ferme : sécurisation bio, production de foin, et de bois-énergie, biodiversité, etc… Et un lieu de vie agréable !

Plusieurs bénéfices.

Sécurisation.

Celtte surface de prés permet tout d’abord de sécuriser la qualité biologique de nos cultures grâce à la distance que cela contribue à mettre pour nos légumes bio avec le voisinage qui n’est pas (pas encore !) en culture biologique.

De la prairie naturelle pour sécuriser notre environnement immédiat.

Ils sont encore nombreux les consommateurs et citoyens qui, pour «justifier» leur défiance face à la bio «raisonnent» agressivement : «et puis d’abord, ce que vous faites là, hé ben, çà peut pas être bio, hein, puisque votre voisin, et ben, il vous pollue ! alors, c’est pas la peine, hein ?»  Nous avons pour notre part fait le choix d’investir financièrement dans un peu plus de sécurité foncière… en attendant que le consommateur «éclairé» sus-nommé passe à l’acte, par exemple en questionnant le voisin qu’il «dénonce» sur ses pratiques qu’il trouve contestables (voire les décideurs concernés) !

Biodiversité.

Ces prairies naturelles apportent plus de biodiversité sur la ferme.

En effet c’est enfoncer des portes ouvertes qu’affirmer que l’activité humaine de production agricole, ce qui se nomme couramment agriCULTURE n’est pas une activité de NATURE. La PRODUCTION agricole - y compris donc en Bio - s’impose au milieu : elle le transforme, et donc potentiellement le déséquilibre. Sans même parler des extrêmes - de type petites parcelles conduites en maraichage Bio hyper intensif et artificialisées par d’énormes apports extérieurs de matière organique, sans retour régulier de prairie temporaire diversifiée dans la rotation - les cultures maraîchères, qui sont synonyme de travail du sol fréquent, de végétaux le plus souvent récoltés avant apparition de leur fleur et encore plus systématiquement de leur graine entrainent une activité quotidienne.

Alors que la quiétude des prairies naturelles amène une flore et une faune inféodées, différentes de celles du jardin. Les prairies naturelles participent donc à l’équilibre biologique de l’ensemble de la ferme. D’autant que, souvent, les parcelles de longue date en prairie permanente gardent des arbres «adultes» bien plus fréquemment que celles qui ont été labourées. La présence des haies ou des bosquets dans les prés participe à la diversification de leur faune, comme à celle de la flore locale.

L’entretien «extensif» de certains prés (fauche tardive, pas d’apport de fumure organique, etc…) participe  lui aussi à diversifier sa flore (et par conséquence sa faune). De plus, les évolutions des pratiques au fil des générations agricoles ont pu aussi, par exemple, transformer en parcelle boisée les petits sentiers anciennement empruntés par les troupeaux, et qui n’ont plus leur utilité en tant que tels.

Les prés dont l’histoire récente a pu comporter pas mal d’années d’un entretien «relâché» apportent aussi une flore spontanée «de colonisation» donc une biodiversité complémentaire qui sans cela serait absente.

Production de foin.

Ces prairies naturelles permettent une production importante : du foin pour des collègues en bio qui en ont besoin pour leur animaux. Ce foin est alors échangé, directement ou non, contre du fumier de bovins. Ainsi, bien que nous n’ayons pas de cheptel bovin (comment TOUT faire ??? - et surtout le faire BIEN…) notre ferme en production végétale est capable de produire elle même la nourriture de bovins pour sa propre fertilisation animale en retour.

Cela nous donne donc accès à un fumier de bonne qualité, et c’est une garantie d’autonomie dans le cycle de la fertilité de nos sols : la dépendance au commerce et à l’industrie des fertilisants organiques est en partie remplacée par les échanges ou le commerce directement entre paysans. Le foin sort, le bovin se nourrit, le fumier entre : le cycle se boucle.

Énergie auto-produite.

Alors que les prairies permanentes peuvent parfois être encore bordées de haies bocagères, les plus humides comportent traditionnellement en Bresse, des fossés / talus plantés d’aulnes glutineux, souvent menés en têtards. Cette espèce associée à ce mode de conduite attirent une entomofaune très utile à l’agriculture bio. Leur entretien régulier et léger fournit aussi de l’énergie paysanne auto-produite… et renouvelable ! C’est ainsi un des chantiers à venir des Biaux Jardiniers qu’en replanter là où les remplacements n’ont pas été assurés durant trop d’années !

Ces prairies peuvent aussi apporter directement de la fertilité au jardin : la possibilité de produire une bonne quantité de matière organique fraîche pour la fertilisation des cultures maraîchères.

Une ferme à vivre.

Cette situation paysanne de ferme maraîchère diversifiée ne peut évidemment se rencontrer qu’en étant suffisamment éloigné des grands centres urbains (et de leurs nombreux consommateurs), tant pour des questions de disponibilité concrète de foncier que de possibilité paysanne de son financement (…).

C’est au bilan global,

  • pour la qualité de nos légumes et celle de notre agronomie, un bel atout, qu’il suffit de mettre en valeur !
  • pour les travailleurs-paysans que nous sommes, une qualité de vie, campagnarde, qui nous plaît. Énormément !

«En prairie».

La Seille, milieu préservé.

Le bassin du Louhannais tire sa vocation maraîchère, au delà de la qualité de certains de ses sols limono-sableux, du potentiel d’arrosage que fournit la Seille, rivière qui prend sa source dans le Jura et se jette dans la Saône entre Tournus et Macon : à La Truchère. Après avoir serpenté longuement, notamment dans «la prairie».

C’est un milieu très riche de diversité.

Et plusieurs mesures de protection, de la prairie comme des berges s’y appliquent.

Arbres creux => bio diversité animale potentielle

Au fil des saisons, la Seille attire promeneurs

et pêcheurs.

Les Biaux Jardiniers y apprécient le calme de ces ballades comtemplatives de proximité,

à tendance ornitho : aigrette, héron, martin-pêcheur, courli, guêpier, etc…

Notre Biau Jardin est ainsi séparé de la Seille par «la prairie».

La prairie sert de bassin d’expansion lors des crues hivernales régulières, quand la Seille sort de son lit en hiver : elle recouvre alors tout ou partie de la prairie. Sa flore, changeante selon la saison et aussi selon les années, est donc typique des lieux humides.

La prairie de Seille au dessous du Biau Jardin de Grannod

Ces grandes parcelles plates jouent le rôle de régulateur de crues : elles permettent de ne pas ralentir l’écoulement de l’eau d’amont tout en limitant sa pression sur les zones en aval.

C’est vrai qu’il y a la place !

Foin de prairie de Seille.

Zone «Natura 2000» la prairie est entretenue par l’activité agricole : paturage de fin de printemps, et surtout fauche tardive. Preuve si il en était besoin que l’élevage bovin allaitant traditionnel est indispensable au maintien non seulement de l’agriculture, mais aussi de ses beaux paysages. Plutôt que près d’une  ville avec ses très très nombreux consommateurs, sa voie de bonne circulation ou tout autre rond point facilitant la vente directe, les Biaux Jardiniers ont fait le choix de vivre dans ce milieu campagnard : ils y apportent ainsi les traces de leur activité humaine professionnelle. Ce sont donc effectivement leurs tunnels, du moins leur couverture plastique qu’on aperçoit au fond entre les arbres :

  • - «c’est moche  tout ce plastique, et puis c’est pas écologique !» affirment Grincheux et Prof.
  • - « Ah ? Vraiment ?? Sûr sûr ???» demandent les Biaux Nains de Jardin…

Dès les pluies d’automne,

et pendant tout hiver et printemps, la prairie sert «d’éponge»…

un des avantages étant que les foins d’été y craignent bien moins la sécheresse.

Les Biaux Jardiniers entretiennent donc leur parcelle de «prairie»

pour y produire du foin.

Des prés diversifiés.

La ferme maraîchère des Biaux Jardiniers dispose aussi de quelques autres prés dans diverses situations.

12 hectares "labourables".

Comme Jeune Agriculteur, Matthieu avait pu acheter les prés et terres de la ferme du chateau, mis en vente quand les fermiers qui y ont vécu leurs longues carrières sont partis en retraite sans repreneur. Depuis le printemps 2019, notre ferme maraîchère convertit donc à la Bio 12 hectares de terres dites «labourables».

12 hectares labourables.

Roger Raffin.

Détour au XX ème siècle.

Il faut dire que l’histoire avec ces parcelles remonte assez loin… en 1995, quand Roger Raffin, technicien maraîchage de la chambre d’agriculture du Rhône apportait son conseil expérimenté aux Biaux Jardiniers,  notamment dans l’évaluation agronomique des plus solides propositions rencontrées dans leur recherche de ferme pour se réinstaller.

C’est ainsi en effet que, à Sornay aussi, nous ne nous étions pas contentés de «faire le tour» uniquement de ce qui était proposé en vente, les yeux en éveil pour observer l’exposition, les arbres, la végétation spontanée, les traces d’eau stagnante ou d’érosion, etc… et aussi, avec une gouge pour remonter des carottes de terre suffisamment profondes pour «voir ce qui’s’pass dessous», une bêche pour mieux voir par ex les enracinements, les semelles, etc… chaque fois que de besoin. L’éventuel futur Biau Jardin nous était ainsi apparu principalement : en pente assez mal exposée mais légère, une bonne terre à légumes mais très très squelettique donc à réaction très rapide (trop ?), une parcelle assez hétérogène, plutôt en gradiant et devenant plus «calme» en haut, terre à risque trop humide en fond et situation manquant d’aération, etc… Et avec un beau potentiel qu’il «suffisait» de travailler à améliorer pour espérer des résultats réels. D’autant qu’après plus de quatre années de recherche intensives… et ben… on cherche la ferme de ses rêves et… on achète la ferme qu’on trouve !

Nous avions aussi passé de la même manière du temps à arpenter plus loin, tout autour des parcelles en vente, pour essayer de comprendre - sans historique hors la carte géologique - le lieu dans son fonctionnement global. Inquiété par les futures difficultés dues à la caractéristique squelettique de la terre qui allait devenir le Biau Jardin de Grannod, Roger s’était alors enthousiasmé pour une terre située une tout petit peu plus haut sur la même couche, de composition visiblement plus lourde, favorisant donc potentiellement un déroulé des cultures plus «calme» : «regarde comme c’est beau, çà, disait il en maniant des poignées de terre, çà ferait du beau légume, et puis surtout plus facilement, c’est celle là que tu devrais acheter». Ben oui, Roger, c’est vrai, t’as pas tort, Roger, mais c’est pas à vendre…

Retour dans ce millénaire :

C’est notamment cette terre aimée de Roger, que 25 années plus tard, le Jeune Agriculteur Biau Jardinier a achetée.

Situation.

Ces terres, à proximité immédiate des nôtres (la plus grande joignant le parcellaire d’origine) sont en effet déterminantes pour la consolidation et la pérennisation de notre ferme maraîchère :

  • elles sont facilement arrosables car traversées par le circuit collectif des maraîchers,
  • elles bénéficient quasi toutes d’une situation mieux ventilée que le jardin,
  • elles apportent aussi des types de sols complémentaires car sont composées de 3 ilôts.

On ne se lance pas dans un investissement de cette taille, ni dans une telle perspective de travail à venir, sans réflexions approndies et assez larges. Là encore le Biau Jardinier a donc beaucoup échangé avec toutes les personnes qui lui apportent habituellement leur aide dans ce type de réflexion : technicien agricole bio et conseiller de gestion qui «suivent» la ferme depuis plusieurs décades, collègues maraîchers, etc… Les échanges ont été nombreux et ont permis d’affiner et de conforter les choix.

Les projets.

La mise en valeur de ces nouvelles terres une fois leur conversion Bio réalisée va donc permettre :

  • d’élargir les circuits de commercialisation : en confirmant l’engagement de la ferme dans les structures coopératives de vente dont le Biau Jardinier est associé depuis 2019,
  • de ré-équilibrer la rotation : en permettant de cultiver par exemple moins de carrés en brassicacées au jardin tout en y réintroduisant plus d’engrais vert, pluriannuel ou en mélange fleuri,
  • d’assurer l’entretien et permettre l’amélioration de la fertilité de nos sols : produire de la paille pour incorporer dans les sols les plus légers, et aussi pour des échanges paille / fumier, seule manière de garantir durablement un approvisionnement régulier en fumier,
  • d’envisager la mise en place de productions complémentaires : par exemple «gros légumes» de plein champ, céréales à paille, légumineuses à graine, etc… pour améliorer la gamme des productions à vendre, donc l’autonomie et la pérennité de la ferme et ses travailleurs.

Ces terres permettront donc de consolider l’avenir de notre ferme jardinière autant dans ses emplois pérennes que dans son agronomie et sa commercialisation.

La conversion à la Bio.

La conversion c’est quoi ?

Réglementairement,

la période de conversion à la Bio est celle qui s’étend entre la date de début de l’application du Cahier des Charges de l’Agriculture Biologique et la date de semis (ou repiquage) de la première culture qui aura droit à être commercialisée sous l’appellation «issu de culture biologique».

Agronomiquement,

la période de conversion à la Bio est celle où l’agriculteur bio assume les conséquences des antécédents des années d’agriculture conventionnelle, et çà n’est pas forcément très facile, raison pourquoi existent des aides financières publiques à la conversion, sans lesquelles très vraisemblablement beaucoup moins d’agriculteurs risqueraient le passage en bio (surtout en grande culture). Dans notre cas, ce qui contribue à réduire une des difficultés de la conversion Bio sur ces terres cultivées en céréale ou maïs, est que les anciens fermiers ont continué à y épandre le fumier de leurs bovins pour les fertiliser, au lieu de le vendre comme c’est pratique courante en fin de carrière. 

Commercialement,

les récoltes des cultures semées pendant la première année de conversion (dite culture en C1) n’ont pas droit à être commercialisées en circuit Bio. Celles récoltées sur un semis réalisé plus d’une année après la date de début de conversion peuvent (si / quand récolte il y a…) être commercialisées comme cultures en conversion Bio (dites C2 pour la deuxième année, C3 pour la troisième si c’est le cas).

Globalement,

et bien, on aura compris que de tous points de vue, la converison à la Bio c’est «une prise de risque» !

Année 1.

Après donc la dernière récolte de maïs des fermiers en place, et le temps nécessaire au déroulé des diverses discussions et formalités, c’est en février, après un hiver sans couverture végétale, que les premiers passages d’outil ont été réalisés. Il s’agissait d’incorporer les résidus de culture,

et de détruire la végétation d’herbes adventices qui avaient «la belle vie»… puisqu’elles n’étaient plus détruites par les désherbants.

C’est Ronald, éleveur de porc de la commune, qui s’est chargé du premier travail

avec son Joker Horsch, un outil qui déchaume bien, et dont le rouleau ressort arrière provoque une bonne germination des semences présentes dans le sol.

Puis, il s’est agi, par des passages répétés d’outils à dents, de détruire les plantules levées, de préférence avant une période sèche qui aiderait leur destruction

puis de provoquer une autre levée de graines d’adventices en travaillant juste avant une période humide pour favoriser leur germination. Et bien sûr d’essayer de venir à bout de la vigueur des touffes de ces adventices envahissantes des parcelles en céréale ou maïs de culture conventionnelle.

Et de s’obstiner… en bio,

avant de pouvoir risquer l’implantation du premier engrais vert.

Lequel engrais vert puriannuel en mélange diversifié a assez mal levé… puis s’est mal développé pour cause de sécheresse… et a donc été très concurrencé par toute une foule de végétaux non désirés : paturin, petite oseille, chénopode, spergule, rumex, amaranthe (mais pas marrante !) etc… etc… Il n’a pas réussi à «se défendre», au point qu’il a fallu se rendre à l’évidence… C’est raté ! Il faut détruire pour pouvoir recommencer…

Petit bilan d’étape en forme d’apparté : à l’issue de ces quelques mois de travail conclus par un échec, on peut se souvenir que deux autres techniques auraient sans doute été plus efficaces. «Solution» 1 : la semaine précédent le début de la conversion à la Bio, faire réaliser un pâssage d’un désherbant internationalement connu… «Solution» 2 : la semaine de début de conversion à la bio, labour de printemps à la charrue pour enfouir la couche superficielle…

Le Biau Jardinier a alors décidé de détruire et de consacrer le gros de l’été à la poursuite du nettoyage avec des outils à dents dans le but de réussir un semis d’automne. Se sont régulièrement succédés, à peu près tous les 15 jours, les divers outils disponibles : le canadien de Fabien

le Joker Horsch de Ronald

le vibroculteur du Biau Jardinier.

Des analyses complètes de terre ont été réalisées, et la visite sur place de notre technicien bio, un fidèle de longue date, a permis de bien identifier les carences, de comprendre les mécanismes en cause et de mettre au point une politque de correction à long terme (chaulage et poudre de roche, corrections, engrais organiques).

Année 2.

S’appuyant sur une année pleine de travail de sol, le Biau Jardinier a décidé de risquer un deuxième semis d’engrais vert en mélange : plusieurs trèfles et plusieurs poacées, qui s’est assez correctement développé sur 80% de la surface

mais sur l’une des parcelles avec énormément d’irrégularités.

avec donc invasion parallèle d’adventices…

Le travail a donc été adapté aux situations différentes. Où la pousse du mélange était «bien partie», les Biaux Jardiniers ont pris la précaution de laisser le temps à la culture de grainer un peu pour ajouter de la densité au couvert

avant de broyer pour laisser la matière végétale composter en surface et favoriser l’activité microbienne.

Ce qui a provoqué une belle repousse, plus particulièrement des trèfles, et il a ainsi été possible de faire une récolte assez tardive de ce mélange trèfles / poacées

en foin de qualité honnête qui a pu être vendu à un collègue éleveur Bio dans les montagnes de la Drôme.

Vente de foin C2 puisque les éleveurs Bio peuvent obtenir une dérogation pour une partie (C2) de la nourriture de leur troupeau Bio en année de manque généralisé de foin Bio (ce qui est… récurrent en années…  de sécheresses… récurrentes !). Cette vente a permis - puisque bien évidemment les aides à la conversion n’y suffisaient pas ! - de commencer à «boucher le trou» creusé par l’achat des semences Bio et tous ces travaux de préparation réalisés jusque là en pure perte.

La repousse a été belle.

Et en fin de saison le broyeur aura laissé sur place un bel apport de matière pour dynamiser la vie microbienne et enrichir a terre.

Mais sur la partie la plus difficile d’une parcelle, après avoir attendu une pousse suffisante pour garder quand même quelque chose de vert à broyer et apporter à la terre… il a fallu détruire à nouveau le semis d’engrais vert. Le Biau Jardinier a choisi de valoriser cette nouvelle sécheresse estivale pour recommencer les passages d’outils destructeurs des adventices pérennes et ensuite, dans le but de couvrir le sol et essayer de produire de la matière à laisser sur place pour relancer et alimenter l’activité microbienne, de rapidement  semer ce qui reste le seul végétal à pousse rapide résistant à la sécheresse : un tropical sorgho.  Qui a été semé, «d’un seul coup d’un seul» avec le combiné Väderstad.

La culture s’est développée «mollement», restant dans les tons plutôt jaunasse et couvrant incomplètement le sol, affaibli par la concurrence alors que le mélange fabacées / poacées s’installait bien.

En fin d’été le sorgho a été détruit à son heure par un passage de disques pour incorporation superficielle au sol.

Et rebelote dès les premières pluies, plusieurs passages en surface

de vibroculteur

Tout ce travail a permis, grâce aux pluies d’automne, de créer des conditions plus favorables

pour l’implantation d’un mélange fabacée / céréale d’hiver, qui a été semé par Romaric avec le combiné semoir herse rotative.

La levée a été jolie.

Les Biaux jardiniers sont rassurés : le sol sera couvert correctement pendant l’hiver… mais les adventices n’ont pas dit leur dernier mot…

Mais au moins, toutes les parcelles auront passé l’hiver protégées par un couvert végétal dynamique :

on a limité la casse.

Année 3.

Tout est en place en début d’année 3 : à la sortie de l’hiver, le Biau jardinier commence à voir les 12 hectares de terre en conversion comme un optimiste :  à 80% pleines plutôt qu’à 20 % vides ! Le mélange pluriannuel trèfles / poacées démarre bien, les manques se couvrent bien.

Du coté des 20% en jeune mélange seigle / vesce hiverné, il a réussi à se survivre, pas partout correctement, mais bon… il est assez raciné et prêt à démarrer dès qu’un temps de pousse s’installe…

sauf que… c’est un rien sale (de chez sale) ! Les interlignes se couvrent lentement mais sûrement de la ribambelle d’adventices du stock grainier en place.

La concurrence va être dure ! Mais..

Tagada… Le Biau Jardinier est prêt… tagada… tagada… Oui, le Biau Jardinier est prêt car les orientations lors de la réflexion autour de l’achat de ces parcelles avaient abouti notamment à décider d’investir sur 2021 non seulement du matériel de préparation confortable des légumes mais aussi du matériel de culture utilisable ET sur les légumes ET sur des grandes cultures (céréales ou autres). Alors en fin d’hiver, le Biau Jardinier, livré de la herse étrille «de compet› » a donc pu débuter son apprentissage de ce nouvel outil sur l’entretien de ce mélange seigle / vesce.

Et ben monga safé-duboboulo !

Même un de nos ennemis de toujours, le paturin, commence à baisser le nez, une partie de ses racines mises à l’air.

Bien sur, il faudra encore plusieurs passages pour réussir à s’en débarasser, mais ça semble en bonne voie.

Année 4.

C’est ainsi qu’en fin d’année, le Biau Jardinier a fait appel à l’ami Romaric et son gros matériel,

mieux adapté que celui de notre ferme maraîchère pour le semis d’une céréale dans le but de la moissonner.

(à suivre…)

2 hectares de zone humide

Les biefs qui collectent les eaux des fossés de la commune marquent la limite de la prairie.

Et c’est par eux que s’évacue un peu, beaucoup… ou pas du tout vite la pluviométrie locale.

Même si en prairie de Seille, certaines parcelles ont été plantées en monoculture de peupliers - car toutes les communes n’ont pas fait le choix d’imposer de limites à ces plantations qui aggravent les conséquences des crues par les embâcles et ralentissements que les troncs provoquent -  d’autres sont plus riches de biodiversité, notamment grâce à la présence de plusieurs espèces d’arbres (aulne glutineux, frênes, chênes, etc…) certains menés en taillis.

Notre Biau Jardin  est séparé  de la prairie par quelques hectares très humides de prés inondables. Et on peut dire «des fois, çà arrive pas bien loin».

Il est fréquent que la Seille soit haute et donc ralentisse le débit des biefs qui débordent alors que la Seille n’inonde pas. Ceci participe à rendre incultivables ces parcelles en bordure de prairie, et le foin est délicat à y faire : les fermiers précédents faisaient pâturer en été jusqu’à il y a une cinquantaine d’années. Nous avons choisi de gérer ces deux hectares plutôt comme une réserve source de diversité biologique naturelle.

  • Bassin de rétention des eaux collectées par le drainage du jardin,
  • fauche tardive préservant la faune,
  • entretien léger et différencié, etc…

favorisent l’implantation ou le passage de très nombreux oiseaux qui sans cela ne fréquenteraient probablement pas tant notre Biau Jardin !

Les batraciens qui s’y installent aident à peupler le jardin de ces auxiliaires mangeurs de limaces.

Les crues de la Seille ensemencent régulièrement le bassin en poisson qui attire le héron cendré, etc…

Milieu favorable aux saules et aulnes glutineux, leur entretien par coupe sélective environ tous les 12 à 15 ans permet de produire du bois de chauffage. Une fois transformé en plaquette forestière, cela permet de subvenir de manière autonome et écologique à la demande de chaleur de ceux des locaux du bâtiment professionnel agricole qui en ont besoin, et de la maison des fermiers. C’est le cycle vertueux de ce mode de chauffage !

Aulne glutineux autour du bassin de rétention des eaux du drainage

Un grand nombre de végétaux (fritillaire pintade, orchidée, lèche, etc…) s’y multiplient, qui sans ce mode «improductif» de gestion de ces parcelles ne trouveraient pas leur place ailleurs.

Nous prenons soin d’y laisser se développer quelques chênes qui s’y sont implantés spontanément, mais le but n’est évidemment pas de transformer cette zone de prairie humide ouverte en bois.

Nous travaillons à respecter les caractéristiques propres de ces parcelles ouvertes, riches de la biodiversité des lieux humides situés juste en dessous du jardin.

Il nous semble que cela apporte une ambiance bénéfique pour le jardin, pour ses cultures. Et pour les Biaux Jardiniers aussi, qui sont très attachés à la qualité de leur cadre de vie agricole et rural. Paysans dans une région humide, en bordure de la prairie de Seille, avec tous ses avantages comme ses inconvénients, il nous paraît que la sagesse consiste à l’accepter pleinement.

Quelques parcelles de bois.

C’était un petit pré qui avait été depuis bien longtemps peu à peu abandonné. Y poussait un très beau chêne isolé, peut-être planté en son temps pour servir d’ombrage aux bêtes qui y pâturaient ?

La parcelle avait donc bénéficié, comme c’est fréquent, d’un semis naturel de glands ; et ils avaient pu se développer, faute d’être rognés par la dent du bétail, sous la protection des ronces qui avaient envahi. Ce qui confirme ce proverbe des forestiers traditionnels : «la ronce est le berceau du chêne». Quand nous avons pu acheter cette parcelle, nous avons choisi, après qu’elle ait servi de terrain de jeu et d’aventure, de repaire à cabanes et autres… pour les jeunes ruraux du quartier, de ne pas défricher, ni remettre en prairie permanente. Mais de la valoriser en bois. Nous apprenons donc à la conduire en taillis sous futaie (petite !).

Taillis sous futaie, source de biodiversité, d'énergie...

Le bois issu de l’entretien (élagage, balivage, etc…) n’est pas brulé sur place en pure perte (et encore moins selon la méthode «traditionnelle» du feu démarré au pneu puis nourri à l’huile de vidange), mais sorti, et rangé «su’le tas d’bois». C’est un des avantages du déchiquetage : il permet de valoriser toute la récolte, même les petits bois. 

Ces «déchets d’entretien» permettent ainsi de produire de temps en temps un peu de l’énergie utilisée pour le chauffage de la ferme. Énergie renouvelable solaire donc.

Il y a aussi pas mal de robiniers faux acacias, dont la floraison au printemps

attire les butineurs, ce qui est très positif aussi pour la production des légumes.

Plusieurs saules et aulnes présents en bordure du chemin étaient conduits en têtards, source de grande biodiversité, nous les entretenons comme tels.

Ce qui ajoute au charme des balades sur le sentier balisé du chemin communal.

En toute saison.

D’autant que, de l’autre coté du chemin, «les Biaux» ont planté une haie qui commence à être bien sympthique…

D’autres petittes parcelles boisées sur la ferme ont aussi bien d’autres intérêts, par exemple d’abriter la pervenche, l’asperge sauvage, et le lierre, plante qui fleurit à une époque et dans des conditions où elles ne sont pas si nombreuses que çà à profiter aux butineurs.

Tous ces lieux boisés amènent de la biodiversité supplémentaire aussi par leur voisinage avec des parcelles de prairie permanente ou de terre si l’entretien mécanique prend soin de préserver un «ourlet».  En effet, la lisière, par son effet de bordure, permet, par exemple, l’installation de ces végétaux à floraison précoce supportant ensuite la pousse à mi ombre : scille, anémone, ficaire, violette, etc… qui sans cet ombrage ne s’installeraient pas.

Végétation spécifique des lieux humides ombragés.

Comme quoi, au moins dans le monde végétal, la frontière peut être un lieu de diversité, de rencontre et d’adaptation réciproque plutôt que de conflit…

Un maillage bocager.

Plus personne ne conteste actuellement l’importance fondamentale du maillage bocager en agriculture, que ce soit du point de vue agronomique, environnemental, énergétique, écologique, climatique, biodiversité, érosion, fixation de carbone, esthétique, etc… etc… Mais évidemment, pas mal d’agro-productivistes parlent encore de perte de récolte en bord de parcelle, de gêne au travail, mais plutôt «en privé», ou en tout cas ne l’osent plus ouvertement «au milieu» de la société. Mais aussi, les aides financières annuelles de la PAC (qui forment l’essentiel du revenu agricole de plusieurs de ses professions) continuent souvent à pénaliser les surfaces «immobilisées» en haies dans le calcul du montant des surfaces primables, alors la rente publique perçue par l’agriculteur baisse d’autant.

Pour les paysans-maraîchers en bio, les haies sont, dans un premier temps, et bien évidemment, indispensables pour limiter les éventuelles dérives des traitements mal maîtrisés du voisinage subventionné. Et donc indispensables pour éviter les risques de pertes : tout paysan bio sait que dans ce genre de cas, on se heurte très facilement au principe fondateur de l’actuelle politique agricole: le principe du polluÉ = payeur !

Loin de la haie de thuya (mono culture véritable mur végétal) de lotissement ou de maraîchage péri-urbain, la haie bocagère est par définition un ensemble varié d’espèces feuillues, de pays, en mélange, à plusieurs étages.

arbres feuillus de pays en mélange et étagés : haut jet + taillis recépé + arbustes de bourrage = haie bocagère

Les haies bocagères permettent de limiter les conséquences néfastes du vent en ralentissant sa force et en diminuant les dégâts qui vont avec. Elles fournissent un lieu propice à l’installation des insectes et mammifères auxliaires, tant pour leur nourriture, leur abri, leur repoduction que pour leurs déplacements (corridor écologique). Leur entretien fournit de l’énergie utilisable directement sur la ferme si elle choisit de fuir autant les énergies fossiles que les fissiles.
Les haies bocagères augmentent donc l’autonomie de la ferme, comme du paysan.


Elles inscrivent la pratique agricole bio dans le paysage et y favorisent une forme de tourisme «doux».

Les Biaux Jardiniers conseillent à ceux qui veulent mieux comprendre le rôle agronomique des haies et leurs techniques faciles de plantation, la lecture de Dominique Soltner, qui a mené dans les années 70, l’écriture de sa collection de livres d’agriculture, particulièrement clairs et didactiques, illustrés de très nombreux dessins, photos et exemples.

un exemple de la pédagogie Soltner

Pour TOUT savoir sur le bocage et son entretien, lire «l’arbre et la haie», récemment réédité.

couverture d'une édition "récente" de l'arbre et la haie"

Et pour la réalisation proprement dite, le petit manuel pratique «planter des haies» du même Dominique Soltner.

Les Biaux Jardiniers proposent aussi la lecture du «référentiel sur une typologie nationale des haies» document de travail édité en 2017 et qui donne un panorama du bocage français enrichi de magnifiques photos.

Plantations et entretien.

En arrivant sur la ferme, les Biaux Jardiniers ont, concernant le bocage, trouvé une situation qui était loin d’être désespérée ; ce fut d’ailleurs une des raisons de leur choix. Mais il y avait quand même «de quoi faire», alors le travail a consisté :

  • d’abord à se ballader pour dresser l’inventaire des espèces qui semblaient bien prospérer dans les haies existant sur la ferme et alentour, de façon à éclairer les choix,
  • se tracer un plan d’ensemble (impossible de tout planter en une fois !) et solliciter les subventions accessibles.
  • planter des haies pour intégrer visuellement dans le milieu le bâtiment bioclimatique nouvellement construit,
  • planter des haies autour des parcelles où il en manquait,
  • replanter une haie là où nous avons dû en araser une sous la pression locale car elle était située (indiscutablement depuis son origine) 47 cm trop près de la parcelle voisine,
  • planter là où l’arrachage proné par l’agriculture officielle, et/ou le manque d’entretien au fil du temps avaient créé des ruptures dans le maillage.

Et bien évidemment, il a fallu échelonner ce travail, et le financer… La «première tranche» avait bénéficiée de l’aide qui nous avait été accordée pour la création de la ferme. Pour la «deuxième tranche», nous avons sollicité, et obtenu, une aide du conseil régional de Bourgogne dans le cadre de son «plan bocage». Mais son niveau très modéré ne compensant pas les contraintes apportées, nous avons réalisé les suivantes sans aides publiques (et sans regrets).

Nouvelles plantations.

Planification indispensable.

La préparation des lieux avant plantation demandait parfois du défrichage :

pour éliminer les ronces et autres végétations spontanées, et prendre soin de remettre ainsi en service  les fossés pour faciliter l’écoulement de l’eau, ce qui peut être bien nécessaire…

Par la suite, un suivi plus régulier permet d’en assurer un entretien «doux».

Les plants sont toujours achetés à un pépiniériste forestier professionnel, au stade dit «jeune plant». C’est non seulement la solution la plus économique (le plus souvent moins d’un euro pièce), mais de plus la jeunesse du plant garantit un taux de reprise à quasi 100% y compris en cas de plant en racine nue. Nous commandons les plants avant la saison de façon à être assurés d’obtenir toutes les espèces et la taille de plant souhaités. La livraison est programmée au plus près de la date de plantation prévue, mais de toute façon les plants sont mis en jauge pour qu’ils puissent patienter dans de bonnes conditions si les aléas météo retardent la plantation.

conservation des plants en jauge de sable pour une bonne reprise

Préparation de sol.

ronces et buisson spontanés ne suffisent pas à constituer un maillage bocager

Sur l’emplacement même des plantations, on commence par broyer la végétation pour en faciliter l’incorporation et son assimilation par le sol.

broyage de la végétation existante avant son incorporation

Dans certains cas, nous avons préféré retarder la plantation d’une année par un engrais vert étouffant. Nous avons toujours déchaumé au moins l’été précédent la plantation pour que la terre ait le temps de bien «digérer» la végétation en place :

déchaumage l'été précédent la plantation de la haie

Plusieurs passages d’outil, espacés dans le temps, sont nécessaires pour incorporer une prairie temporaire en place depuis bien des générations. Puis la préparation profonde du sol avant plantation a été assurée par la bêcheuse alternative,

faute d’avoir un cultibutte qui, à l’époque, n’était pas encore complètement inventé…


Plantation.

Nous avons planté certaines haies sur une bonne couche de paille auparavant déroulée manuellement, d’autres sur feutre végétal industriel, d’autres sur toile polyéthylène. Aucune de ces solutions n’est sans défaut. Plus la solution est industrielle, plus elle est polluante, plus elle est efficace contre l’enherbement et moins elle impose ensuite de main d’oeuvre à l’entretien… Dans les réflexions et avis, il est donc important de connaître la profession de celui qui parle (comme d’hab…!).

rouleau de feutre végétal pour paillage

Le feutre utilisé est peu confortable à la pose : lourd à étaler et délicat à «ajuster»

il est difficile à fixer

fixation pénible et lente du feutre de paillage

çà prend pas mal de temps, même à deux. Tout cela peut être un obstacle à la replantation du bocage

car les aides financières de la région refusent de prendre en charge le temps investi par le paysan-maraîcher lui-même dans le calcul de la subvention versée.

Avant la plantation proprement dite, les plants prévus pour la demi-journée sont sortis de jauge et chaque plant est muni de sa protection contre les divers rongeurs campagnards friands de jeune sève : lapins, lièvres, chevreuils…

la benne 3 points aide aussi à la plantation

Avec un feutre commandé pré fendu, pas besoin de reprères pour planter à la bonne place, il suffit de répartir les plants selon… le plan. Et utiliser le «plantoir normand». On l’enfonce, en position fermée, par une pression du pied jusqu’à la profondeur voulue

le "plantoir normand" en action saison 1

écarter les bras permet de faire le trou de plantation, on installe le jeune plant

le plantoir normand en action saison 2

on retire le plantoir, c’est facile, il est bloqué position ouverte par la bascule

le plantoir normand en action saison 3

on n’oublie pas de tasser du pied. Et voilà.

Ensuite, et bien, il suffit de continuer : haie bocagère = obstination.

plantation bocagère = obstination

Pour compléter le paillage nous avons déroulé des bottes de paille le long de la nouvelle plantation, et apporté du chanvre où la place manquait.

plantation bocagère = obstination

Mais si dans les talus d’autoroute le feutre végétal peut-être efficace (associé avec désherbage chimique avant ou/et après plantation), dans nos conditions humides de Bresse, et en culture biollogique, le feutre végétal n’a pas rempli bien longtemps sa mission de lutte contre l’enherbement. Et particulièrement sur une plantation (1500 arbres et arbustes quand même) le feutre a été rapidement percé.

Le chiendent attaque le feutre végétal de paillage

et la plantation a été mise en danger

La jeune haie souffre de la concurrence de l'herbe, graminées particulièrement.

Les outils adaptés en bio ont été gants, couteau, poignets, genoux.  Les Biaux Jardiniers ont donc investi dans plusieurs journées de désherbage manuel, auquel a participé Jean-Paul, salarié du service de remplacement.

Lequel, une fois les 400 mètres nettoyés et lors des congratulations d’usage de fin de chantier a déclaré. «Et ben, çà y est c’est fini, patron ! Mais on recommencera plus jamais, hein, patron !» L’investissement en peine a effectivement été à la hauteur de celui en temps, et dix ans plus tard, les Biaux Jardiniers sont heureux de l’avoir fait :

Mais que de maux inutiles !

Pareille mésaventure est arrivée à des collègues paysans-maraîchers bio, bien décidés à ne plus resolliciter cette petite «aide» dans les conditions «écologiques» imposées par des élus.

Il en aura fallu, des courriers, dossiers, discusions téléphoniques pour faire comprendre à nos décideurs que si les théories de ceux parmi eux de sensibilité écologique avaient effectivement des raisons de se méfier des paillages polyéthylène, elle ne commençaient à prendre une quelconque valeur que quand elles se confrontaient avec succès à la pratique du terrain ; et sachant que théorie et pratique ne sont pas toujours partagées par les mêmes…

Depuis nos dernières plantations, est apparu un nouveau produit biodégradable industriel. À base d’amidon, il semble efficace et donner satisfaction à des collègues qui les ont utlisé avec succès.  C’est ce que les Biaux Jardiniers testeront lors de prochaines plantations.

Parce que l’échec de ce feutre végétal dans nos conditions n’a pas suffi à décourager les Biaux Jardiniers de planter : tous ces arbres,  ils trouvent ça beau, ce serait bien dommage de vivre sans, et tout le monde peut en profiter !

La bio, y'est biau !

Entretien.

Au dela de la lutte contre l’enherbement, l’entretien de départ des plantations bocagères consiste à former les arbres destinés à être menés en haut jet, à recéper ceux qui doivent être menés en taillis. Les années suivantes, c’est continuer la formation des arbres de haut jet, et commencer les tailles latérales pour aider la haie à se développer plus en hauteur qu’en largeur. Ce travail a été fait les premières années de la pousse soit manuellement, soit avec une petite barre de coupe à moteur thermique .

Et les années suivantes au tracteur muni d’un sécateur.

Taille latérale au sécateur pour une bonne cicatrisation des coupes

Le mode d’action du sécateur est bien différent du broyeur d’élagage classique, qui déchire les branches par le mouvement rotatif de marteaux outil encore beaucoup utilisé, même par les collectivités locales, et qui laisse des blessures cicatrisant mal. Le sécateur, lui, agit par le mouvement alternatif d’un outil affuté qui coupe de façon très nette les branches de moins de 10 cm de diamètre, de la même façon que les anciennes barres de coupe utilisées pour les foins. La coupe est donc franche et la cicatrisation rapide : le risque d’entrée de maladie est moindre.

Une fois coupées, les branches tombées au sol doivent être ramassées (recyclage en énergie par production de plaquette de chauffage) ou broyées sur place pour ne pas gêner le passage et s’incorporer peu à peu au sol près des haies (recyclage fertilisant).

Élagage des haies au "sécateur" =  coupe franche mais gestion des rémanents

C’est «l’inconvénient» de cette technique d’entretien, plus écologique et qui demande donc plus de temps.

Dès que la haie atteint 8 à 10 ans, commence la sélection : il s’agit de choisir les arbres qui sont conservés pour continuer à grandir, éliminer ceux qui en gêneraient le développement. Avec au départ les conseils d’un ami forestier, les Biaux Jardiniers ont marqué à la rainette les arbres ou les branches à éliminer : c’est l’aspect promenade d’observation.

Marquage à la rainette pour signaler ce qui doit être supprimé

Plus tard, ce qui a été marqué est coupé à la tronçonneuse : c’est l’aspect vroum vroum.

Aider à la pousse des arbres de haut jet choisis

Et sur la durée ?

Pour l’élagage en hauteur, les Biaux Jardiniers bricolent au début avec les moyens du bord : le matériel disponible sur la ferme.

Èlagage en hauteur version "auto-construite"

Et quand il s’agit d’intervenir sur des arbres adultes, ils font appel à Benjamin, un ami professionnel compétent et équipé,

Élagage en hauteur version entreprise extérieure locale autogérée et pro

De même quand il s’agit de valoriser le bois coupé sous forme de plaquette qui permet de chauffer les locaux professionnels (courge, endive principalement) comme le logement des Biaux Jardiniers.

Production locale de plaquette de chauffage

Le chauffage au bois ? Un bon moyen de planter et entretenir le bocage !

Trognes et arbres isolés

Il est de tradition dans bien des campagnes de mener des arbres en «têtards». Le têtard est un arbre dont le tronc a été taillé à environ 2 mètres de hauteur de façon à initier le développement d’un grand nombre de branches, qui sont coupées à leur base (à leur départ du tronc) tous les 6 à 15 ans.

Saule têtard

Ce type de conduite s’applique aussi aux «cépées», qui, en Bresse, garnissent souvent les talus qui accompagnent les petits fossés.  Ce sont souvent des aulnes glutineux. À cette différence que pour les cépées, la taille de formation comme celle d’entretien se font juste au dessus du sol. Cette pratique permettait traditionnellement de récolter assez fréquemment, et en quantité notable, assez de bois soit pour le chauffage des maisons, soit pour la production de «charbonnette» pour les fours à pain.

Au nord de notre parcelle de Biau Jardin (de Grannod… celui qui diffuse gratis de l’info paysanne bio validée par la pratique !) de G à D aulne en cépée,  puis acacia en cépées, et enfin à droite saule en têtards. Nous ne contrarions pas l’installation du lierre qui permet en saison froide un grosse production précoce de nectar et pollen.

En bas de notre Biau Jardin (de Grannod !) à gauche aulnes glutineux menés en cépées, au milieu, acacias en cépées, à droite vieux saules menés en têtards

Les arbres ainsi conduits en têtards n’ont en général pas vocation à produire du bois d’oeuvre par leur tronc, mais principalement du bois de chauffage par leurs branches. Fragilisés par ce type d’entretien, les troncs se creusent peu à peu ; ils accueillent alors une grande biodiversité, tant végétale qu’animale. Les plus âgés creusent complètement et ne tiennent plus que par le liber et l’écorce.

Au Biau Jardin de Grannod…

Maintien des trognes.

3 têtards en bas d'une de nos prairies permanentes

Les têtards sont taillés tous les 6 à 12 ans on en récolte les branches de la tête pour ne laisser que le tronc. Dans une région humide comme la Bresse, ce sont souvent des saules et des aulnes qui sont cultivés ainsi.

Laisser trop grossir les branches c’est mettre en danger le tronc ; les trognes les plus jeunes fournissent donc de plus grosses branches que les trognes les plus vieilles, plus fragiles, qui sont donc récoltées plus souvent. Mais en fonction des situations, il reste longtemps possible de transformer un têtard si on décide d’en modifier la taille pour le faire monter.

Le système de conduite en têtard convient assez bien à la production mécanisée de bois-plaquette de chauffage comme pratiqué au Biau Jardin de Grannod puisque ce mode de chauffage valorise très bien tous les diamètres de bois… donc aussi les  «petits». (Rien ne se perd… rien ne se crée, tout se transforme).

Les vielles trognes de têtards entretiennent une très grande diversité d’insectes.

Vieux têtards = niche à biodiversité

Et aussi de végétaux : les fientes des oiseaux y sèment par exemple des groseilles de saule.

Et une fois les branches récoltées, çà repousse.

Mais tout a une fin ; et laisser sur place chaque fois que possible les arbres morts nous permet aussi de développer toute les faune et microfaune spécifiques.

L'arbre mort, source de diversité

Biblio sur les trognes.

Maintien d’arbres isolés.

Les Biaux Jardiniers ont fait le choix de maintenir des arbres isolés sur leur ferme, et aussi au jardin. Notamment pas trop loin des tunnels dans le but d’offrir des abris permanents à des auxiliaires potentiellement rebutés par les surfaces en plastique.

Il nous semble que «çà marche» et qu’ils apportent un abri à de nombreux auxiliaires, et parmi eux… les Biaux Jardiniers quand ils veulent faire une petite pause à l’ombre ! Mais la gestion de leur cohabitation avec les cultures maraîchères est délicate, particulièrement en ce qui conerne l’ombre portée sur les tunnels, et les dégâts (mousse sur les films) que cela entraîne.

Les Biaux Jardiniers font ainsi appel aux compétences de Benjamin, ingénieur forestier et grimpeur élagueur

"Taille douce" des arbres isolés cultivés près des tunnels

membre de la SCOP D’arbrazed. Il intervient de manière douce pour supprimer en cas de besoin les branches les plus gênantes. Et elles seules.