Plantations et entretien

En arrivant sur la ferme, les Biaux Jardiniers ont, concernant le bocage, trouvé une situation qui était loin d’être désespérée ; ce fut d’ailleurs une des raisons de leur choix. Le travail a consisté :
- d’abord à se ballader pour dresser l’inventaire des espèces qui semblaient bien prospérer dans les haies existant sur la ferme et alentour, de façon à éclairer les choix,
- se tracer un plan d’ensemble (impossible de tout planter en une fois !) et solliciter les subventions accessibles. Une aide du conseil régional de Bourgogne dans le cadre de son «plan bocage» a donc financét une grosse partie des fournitures (plants, protections, paillage).
- planter des haies pour intégrer visuellement dans le milieu le bâtiment bioclimatique nouvellement construit,
- planter des haies autour des parcelles où il en manquait,
- replanter une haie là où nous avons dû en araser une sous la pression locale car elle était située (indiscutablement depuis son origine) 47 cm trop près de la parcelle voisine,
- planter là où le manque d’entretien au fil du temps avait créé des ruptures dans le maillage.

Et bien évidemment, il a fallu échelonner ce travail, et le financer… La «première tranche» avait bénéficiée de l’aide qui nous avait été accordée pour la création de la ferme. Pour la «deuxième tranche», nous avons sollicité, et obtenu, une aide du conseil régional de Bourgogne dans le cadre de son «plan bocage». Son niveau ne compensant pas les contraintes apportées, nous avons réalisé sans aides publiques les autres.

Nouvelles plantations

Planification indispensable

La préparation des lieux avant plantation demandait parfois du défrichage :

pour éliminer les ronces et autres végétations spontanées, et prendre soin de remettre ainsi en service  les fossés pour faciliter l’écoulement de l’eau, ce qui peut être bien nécessaire…

Par la suite, un suivi plus régulier permet d’en assurer un entretien «doux».

Les plants sont toujours achetés à un pépiniériste forestier professionnel, au stade dit «jeune plant». C’est non seulement la solution la plus économique (le plus souvent moins d’un euro pièce), mais de plus la jeunesse du plant garantit un taux de reprise à quasi 100% y compris en cas de plant en racine nue. Nous commandons les plants avant la saison de façon à être assurés d’obtenir toutes les espèces et la taille de plant souhaités. La livraison est programmée au plus près de la date de plantation prévue, mais de toute façon les plants sont mis en jauge pour qu’ils puissent patienter dans de bonnes conditions si les aléas météo retardent la plantation.

conservation des plants en jauge de sable pour une bonne reprise

Préparation de sol

ronces et buisson spontanés ne suffisent pas à constituer un maillage bocager

Sur l’emplacement même des plantations, on commence par broyer la végétation pour en faciliter l’incorporation et son assimilation par le sol.

broyage de la végétation existante avant son incorporation

Dans certains cas, nous avons préféré retarder la plantation d’une année par un engrais vert étouffant.

Nous avons toujours déchaumé au moins l’été précédent la plantation pour que la terre ait le temps de bien «digérer» la végétation en place :

déchaumage l'été précédent la plantation de la haie

Plusieurs passages d’outil, espacés dans le temps, sont nécessaires pour incorporer une prairie temporaire en place depuis bien des générations. Puis la préparation profonde du sol avant plantation est assurée par la bêcheuse alternative,

faute d’avoir un cultibutte qui, à l’époque, n’était pas encore complètement inventé…


Plantation

Nous avons planté certaines haies sur une bonne couche de paille auparavant déroulée manuellement, d’autres sur feutre végétal industriel, d’autres sur toile polyéthylène. Aucune de ces solutions n’est sans défaut. Plus la solution est industrielle, plus elle est polluante, plus elle est efficace contre l’enherbement et moins elle impose ensuite de main d’oeuvre à l’entretien… (comme d’hab…!).

rouleau de feutre végétal pour paillage

Le feutre utilisé est peu confortable à la pose : lourd à étaler et délicat à «ajuster»

il est difficile à fixer

fixation pénible et lente du feutre de paillage

çà prend pas mal de temps, même à deux, ce qui peut être un obstacle à la replantation du bocage

car les aides financières de la région refusent de prendre en charge le temps investi par le paysan-maraîcher lui-même dans le calcul de la subvention versée.

Avant la plantation proprement dite, les plants prévus pour la demie journée sont sortis de jauge et chaque plant est muni de sa protection contre les divers rongeurs campagnards friands de jeune sève : lapins, lièvres, chevreuils…

la benne 3 points aide aussi à la plantation

Avec un feutre commandé pré fendu, pas besoin de reprères pour planter à la bonne place, il suffit de répartir les plants selon… le plan. Et utiliser le «plantoir normand». On l’enfonce, en position fermée, par une pression du pied jusqu’à la profondeur voulue

le "plantoir normand" en action saison 1

écarter les bras permet de faire le trou de plantation, on installe le jeune plant

le plantoir normand en action saison 2

on retire le plantoir, c’est facile, il est bloqué position ouverte par la bascule

le plantoir normand en action saison 3

on n’oublie pas de tasser du pied.

Ensuite, il suffit de continuer : haie bocagère = obstination.

plantation bocagère = obstination

Pour compléter le paillage nous avons déroulé des bottes de paille le long de la nouvelle plantation, et apporté du chanvre où la place manquait.

plantation bocagère = obstination

Mais si dans les talus d’autoroute le feutre végétal peut-être efficace (associé avec désherbage chimique avant ou après plantation), dans nos conditions humides de Bresse, et en culture biollogique, le feutre végétal n’a pas rempli bien longtemps sa mission de lutte contre l’enherbement. Et particulièrement sur une plantation (1500 arbres et arbustes quand même) le feutre a été rapidement percé.

Le chiendent attaque le feutre végétal de paillage

et la plantation a été mise en danger

La jeune haie souffre de la concurrence de l'herbe, graminées particulièrement.

Les outils adaptés en bio ont été gants, couteau, poignets, genoux.  Les biaux jardiniers ont donc investi dans plusieurs journées de désherbage manuel, auquel a participé Jean-Paul, salarié du service de remplacement.

Lequel, une fois les 400 mètres nettoyés et lors des congratulations d’usage de fin de chantier a déclaré. «Et ben, çà y est c’est fini, patron ! Mais on recommencera plus jamais, hein, patron !» L’investissement en peine a effectivement été à la hauteur de celui en temps, mais dix ans plus tard, les biaux jardiniers sont heureux de l’avoir fait :

Mais que de maux inutiles !

Pareille mésaventure est arrivée à des collègues paysans-maraîchers bio, bien décidés à ne plus resolliciter cette petite «aide» dans les conditions imposées.

Il en aura fallu, des courriers, dossiers, discusions téléphoniques pour faire comprendre à nos décideurs que si les théories de ceux parmi eux de sensibilité écologique avaient effectivement des raisons de se méfier des paillages polyéthylène, elle ne commençaient à prendre une quelconque valeur que quand elles se confrontaient avec succès à la pratique du terrain ; et sachant que théorie et pratique ne sont pas toujours partagées par les mêmes…

Depuis nos dernières plantations, est apparu un nouveau produit biodégradable industriel. À base d’amidon, il semble efficace et donner satisfaction à des collègues qui les ont utlisé avec succès.  C’est ce que les biaux jardiniers testeront lors de prochaines plantations.

Parce que l’échec de ce feutre végétal dans nos conditions n’a pas suffi à décourager les biaux jardiniers de planter : tous ces arbres,  ils trouvent çà beau, ce serait bien dommage de vivre sans, et tout le monde peut en profiter !

La bio, y'est biau !

Entretien

Au dela de la lutte contre l’enherbement, l’entretien de départ des plantations bocagères consiste à former les arbres destinés à être menés en haut jet, à recéper ceux qui doivent être menés en taillis. Les années suivantes, c’est continuer la formation des arbres de haut jet, et commencer les tailles latérales pour aider la haie à se développer plus en hauteur qu’en largeur. Ce travail a été fait les premières années de la pousse soit manuellement, soit avec une petite barre de coupe à moteur thermique .

Et les années suivantes au tracteur muni d’un sécateur.

Taille latérale au sécateur pour une bonne cicatrisation des coupes

Le mode d’action du sécateur est bien différent du broyeur d’élagage classique, qui déchire les branches par le mouvement rotatif de marteaux outil encore beaucoup utilisé, même par les collectivités locales, et qui laisse des blessures cicatrisant mal. Le sécateur, lui, agit par le mouvement alternatif d’un outil affuté qui coupe de façon très nette les branches de moins de 10 cm de diamètre, de la même façon que les anciennes barres de coupe utilisées pour les foins. La coupe est donc franche et la cicatrisation des branches rapide.

Une fois coupées, les branches tombées au sol doivent être ramassées (recyclage en énergie par production de plaquette de chauffage) ou  broyées sur place pour ne pas gêner le passage et s’incorporer peu à peu au sol près des haies (recyclage fertilisant).

Élagage des haies au "sécateur" =  coupe franche mais gestion des rémanents

C’est «l’inconvénient» de cette technique d’entretien, plus écologique et qui demande donc plus de temps.

Dès que la haie atteint 8 à 10 ans, commence la sélection : il s’agit de choisir les arbres qui sont conservés pour continuer à grandir, éliminer ceux qui en gêneraient le développement. Avec au départ les conseils d’un ami forestier, les Biaux Jardiniers ont marqué à la rainette les arbres ou les branches à éliminer : c’est l’aspect promenade d’observation.

Marquage à la rainette pour signaler ce qui doit être supprimé

Plus tard, ce qui a été marqué est coupé à la tronçonneuse : c’est l’aspect vroum vroum.

Aider à la pousse des arbres de haut jet choisis

Et sur la durée ?

Pour l’élagage en hauteur, les biaux jardinier bricolent au début avec les moyens du bord : le matériel disponible sur la ferme.

Èlagage en hauteur version "auto-construite"

Et quand il s’agit d’intervenir sur des arbres adultes, ils font appel à un professionnel compétent et équipé,

Élagage en hauteur version entreprise extérieure locale autogérée et pro

De même quand il s’agit de valoriser le bois coupé par les travaux d’entretien sous forme de plaquette qui permet de chauffer les locaux professionnels (courge, endive principalement) comme le logement des Biaux Jardiniers.

Production locale de plaquette de chauffage

Le chauffage au bois ? Un bon moyen de planter et entretenir le bocage !