Sans chimie de synthèse

Contexte global : pschhht.

Le cahier des charges de l’agriculture biologique - et les choix écologiques professionnels des paysans bio ! - excluent l’usage de tous les pesticides de synthèse légalement autorisés en agriculture… et ils sont nombreux : il en existe pour à peu près chaque usage !

  • Un herbe risque d’être envahissante ? Pas de problème, le désherbant chimique est là ! No souci, et pschhhhhhhhhhhhit !
  • Les conditions sont propices au développement d’une maladie ou d’un parasite ? La chimie de synthèse répond ! No souci, et pschhhhhhhhhhhhit !

Le Biau Jardin de Grannod

Sans recours possible à toute cette pharmacopée, on peut dire que les paysans Bio travaillent «sans filet». De fait, on dirait plus justement que nous travaillons dans une optique de prévention. Car le nombre et la gravité des problèmes rencontrés en agriculture conventionnelle viennent au fond de ses pratiques (la plupart du temps d’ailleurs revendiquées comme justifiées et imposées par les engrenages économiques) : rotations hyper simplifiées, engrais solubles nourissant directement la plante et donc la fragilisant, «intensification» notamment par une succession hyper rapide de légumes - souvent les mêmes - à la même place, simplification du milieu jusqu’à l’absurde, etc…. Plus grand monde d’ailleurs ne le conteste aujourd’hui, et en milieu agricole aussi.

Monsieur de la Palice dirait que pour ne pas utiliser de traitements chimiques de synthèse, la meilleure «méthode» est de faire en sorte de ne pas être dans la situation d’en avoir besoin…

Nos pratiques consistent, fondamentalement, à entretenir notre ferme de façon à en valoriser les équilibres, en entretenir l’autonomie, et en accroître autant que faire se peut la biodiversité, donc à

  1. «ne pas tout casser» sur la ferme telle qu’elle est
  2. refuser les méthodes dites «intensives» de production de légumes.

«Primum non nocere»…

… «d’abord ne pas nuire» disait paraît-il Hyppocrate quatre siècles avant notre ère ! C’est ce que, non pas médecins mais paysans bio, les Biaux Jardiniers gardent à l’esprit dans leur manière de pratiquer l’agriculture : valoriser la ferme telle qu’elle est, où elle est, le milieu dans lequel nous travaillons, par l’observation et le respect de ses équilibres naturels pour la mise en valeur de ses potentialités agronomiques, par l’observation et l’obéissance à ses logiques. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons finalement décidé, quitte à être plus éloigné des grands bassins de consommation qui facilitent l’écoulement proche de la production, de ne pas nous ré-installer en milieu péri-urbain ou en périphérie de zone pavillonnaire : des études déja anciennes notamment de la Frapna ont montré que la diversité des insectes était plus faible en zone résidentielle «rurbaine» ( = à tondeuses à gazon hebdomadaire) que même en zone agricole !

Le milieu agricole et rural dans lequel nous avons choisi de vivre, peu construit comme peu garni d’axes routiers, comportant au delà de parcelles de culture, notamment des zones inondables, des zones d’élevage avec prairies permanentes, des zones boisées, etc…continue à bénéficier d’une diversité favorisant la possibilité de la Bio dans notre ferme elle-même.

D’autres articles de ce livre décrivent notre ferme et nos choix agricoles pour la valorisation de nos prairies permanentes, la conservation de ses larges zones humides, mais aussi l’entretien de nos bois, des arbres isolés et du bocage.  Dans notre Biau Jardin de Grannod dès la fin du précédent millénaire et comme sur notre ferme précédente dans les années 80, nous avons par exemple toujours beaucoup investi dans l’entretien du bocage présent et la plantation de haies là où nous pensions qu’il y en avait besoin. Pas seulement pour se protéger des vents comme des dérives du voisinage, pas seulement parce que c’est beau (très !) : aussi pour offrir le gîte et le couvert à toute la faune diversifiée qui, sans cela, ne trouverait pas  dans un jardin (par définition cultivé dans le but de produire pour en vivre) le milieu bien adapté à ses besoins.

La pratique du maraîchage (une activité humaine productrice) étant par définition une action potentiellement perturbante pour le milieu, nous avons à coeur d’intégrer jusqu’au sein même du jardin des lieux de faible activité agricole et sans aucune production de légume. Choix que nous pouvons asumer car le jardin et la ferme ont une surface suffisante pour se permettre de «perdre de la place» productive en légumes.  Donc, par exemple, nous préservons, au sein même du jardin des lieux riches en nombreux insectes prédateurs ou pollinisateurs efficaces.

Nous tentons de vivre en harmonie non pas dans mais AVEC le milieu. Et refusons donc les méthodes et pratiques dites intensives, bio-intensives, etc…

Vous avez dit «intensif» ?

Agriculture «intensive» ?

Il faut se souvenir du sens des mots : l’agriculture dite conventionnelle est un système économique, mis en place par des choix politiques anciens qui, notamment grâce à d’importants financements publics, fait cultiver une grande surface par très peu de travailleurs, remplacés par beaucoup de pollutions induites par ces pratiques.  Ce système n’a d’intensif que l’importance du recours aux intrants extérieurs à la ferme, issus de la chimie de synthèse, parallèlement à la faible utilisation de travail humain ; mais la production d’énergie à l’unité de surface n’a absolument rien «d’intensif», loin de là : le bilan de sa production de calories est très faible, voire négatif.

Le maraîchage «intensif» des petites régions spécialisées, le maraîchage péri-urbain, des années 1950 / 70 ont largement montré que les pratiques dites «intensives» ne permettent pas une agriculture durable :

  • succession très rapide des légumes avec donc retour très fréquent des mêmes familles de plantes dans le même sol,
  • absence de cultures autres que maraîchères (pas d’engrais verts longs par exemple ni de céréale),
  • apports systématiques et très massifs de matière organique voire de compost très mûrs, et bien sûr apports importants d’engrais chimiques solubles, etc…

ont engendré la multiplication des maladies et parasites non seulement des plantes, mais aussi de la terre elle-même (nématodes) phénomène pudiquement baptisé «fatigue des sols» par les techniques qui l’ont provoquée.

Maraîchage bio-intensif ?

Nous refusons de même les techniques actuellement très en vogue, au moins sur internet (!), «d’intensification» pronées par les «écoles» de maraîchage sur petite surface (dit maraîchage bio-intensif) ou autres idéologies de «micro-fermes». Elles n’ont d’ailleurs bien souvent que très peu de réalité agricole sur le terrain. Il en est même qui arrivent à faire carrière par la vente de livres ou conférences ou séries TV ou formation accélérée, vantant (vendant) leur «découverte» d’une méthode agricole miraculeuse étayée par…quelques annés de production seulement. Certains conférenciers, souvent simultanément salariés du secteur public, alimentent par quelques enquêtes un «modèle informatique» que l’on «fait tourner» pour en extrapoler ce qui serait la validité, agronomique comme économique, d’une «méthode agricole», voire d’un projet concret !…

Ces «techniques» sont souvent elles aussi basées sur une énorme importation d’intrants, notamment des apports massifs de matière organique 10 ou 20 fois supérieurs au maximum autorisé par l’officiel Cahier des Charges de l’Agriculture Biologique (et alors là, attention aux nitrates… dans l’assiette, ou dans la nappe !) Cahiers des charges Bio dont certains, et parfois les mêmes, dénigrent systématiquement son supposé laxisme…en se présentant eux et parfois même leur «école» comme plus bio que le  bio !…

Certaines «tendances» en vogue prétendent même remettre au goût du jour les pratiques des maraîchers parisiens du XIXème siècle qui s’étaient spécialisés dans les cultures forcées par chauffage ; maraîchers parisiens dont niveau de vie et mode de vie n’étaient pas comparables à l’actuel, qui disposaient d’une main d’oeuvre familiale nombreuse et gratuite comme d’une clientèle de privilégiés, de plus dans un contexte où les ménages consacraient un énorme pourcentage de leur budget à leur alimentation… Les concombres et melons précoces, fraises primeurs et autres bottes d’oignon blanc peu boulés ou carottes immatures des maraîchers parisiens du XIX ème n’étaient pas mangés par les classes populaires qui se nourrissaient surtout des diverses raves et autres choux et pommes de terre produits dans les vastes campagnes beauceronnes…

Intensification => néfaste au milieu.

Il est démontré depuis fort longtemps qu’à l’échelle de la parcelle, ce qui a été baptisé «intensification des pratiques agricoles» a des conséquences néfastes sur la santé du sol comme sur la biodiversité du milieu. Chez les petits maraîchers,

  • l’utilisation systématique - et quasi exclusive faute de puissance de traction - des outils rotatifs animés (rotovator, fraises diverses, herse rotative, etc…) nuit gravement à la faune du sol comme à sa structure ;
  • l’apport à fortes doses d’engrais organiques [souvent azotés] en sacs (moins lourds à épandre donc plus de risque de surdosage) stimule et nourrit peu les micro-organismes ;
  • le retour rapide de la même famille de légume au même endroit [cf problème de la grande place des brassicacées au jardin aggravé par la production de mesclun ou verdurette comptant de nombreuses brassicacées] amène nématodes et fatigue des sols ;
  • l’absence «par système» de culture de céréale à paille défavorise le taux d’humus ;
  • la non culture d’engrais vert pluriannuel (type luzerne fixatrice d’azote atmosphérique et poacées à fort système racinaire) uniformise la microfaune ;
  • le manque de surface «libre» pour cause d’abus de la tondeuse en entretien des zones «non productives» limite la biodiversité.

L’histoire du maraîchage péri-urbain du XXème siècle l’a amplement démontré : maraîchage intensif = garantie d’une agriculture non durable.

Milieu naturel ?

Paysans maraîchers en culture biologique controlée, nous sommes conscients que non seulement la parcelle cultivée n’est pas, par définition, un milieu «naturel» (puisque l’homme y intervient)  mais que le maraîchage consiste à faire subir à la parcelle la présence constante du producteur et de ses interventions mécaniques, pédestres  et manuelles incessantes, qui plus est pour récolter des végétaux le plus souvent avant la fin de leur cycle de vie ( = au stade immature puisque avant production de leur semence viable). Ce genre de pratique ne peut - en soi - que favoriser les déséquilibres du milieu.

Choix paysans ! Et Bio !

Les Biaux Jardiniers, installés en milieu rural et agricole sur une ferme très diversifiée font donc des choix paysans respectant simplement les dynamiques d’équilibre du milieu et ses cycles. Bien que paysans-maraîchers et non pas éleveurs, ils tentent de se rapprocher de l’harmonie apportée par le cycle de la polyculture-élevage confortant, parallèlement à son activité de production, l’autonomie de la ferme :

  • rotation «lente» ce qui peut logiquement diminuer le chiffre d’affaire par unité de surface (***), MAIS permet surtout de mieux rompre le cycle des maladies et parasites, ce qui facilite la pratique biologique en prévenant bien des risques ;
  • engrais vert pluri-annuel par une rotation leur consacrant une grosse proportion de la surface productive du jardin (gage de durabilité de la fertilité comme de résilience de la ferme) ce qui fait «perdre de la place» pour des légumes MAIS non seulement limite la pression des adventices, ameublit et enrichit gratuitement le sol et la vie microbienne, mais de plus limite la pression sur la terre et accroit - et par l’autonomie ! - une fertilité amenant de belles récoltes ;
  • surfaces «sauvages» (ne pas confondre avec l’élément de langage «compensation écologique» de certains officiels qui cherchent en échange le droit à polluer ailleurs), donc là aussi place productive en légumes «perdue» et cependant «travail supplémentaire» car consacré à  préservation et / ou installation de nombreux lieux de biodiversité : haies, arbres isolés, bandes fleuries, ilôts peu entretenus ET contrôlés, enherbements permanents divers, zones humides, arbres morts, etc… MAIS pérénnisant, jusqu’au milieu même du jardin, un équilibre écologique favorable aux cultures.
  • cultures à faible densité pour une bonne aération des plantes, ce qui évidemment diminue la quantité semée ou plantée donc potentiellement celle récoltée MAIS limite encore plus logiquement les conditions propices au développement des maladies, donc augmente potentiellement la qualité de la récolte, voire la garantit.

L’ensemble de ces choix apportant une moindre pression des maladies et parasites nous permet d’être dans une démarche d’autoconstruction de santé végétale et d’autoproduction d’auxiliaires des cultures. Ce qui reste à nos yeux le fondement de l’Agriculture Biologique. C’est seulement ensuite, et si les mesures préventives «internes» à la ferme ne suffisent pas à elles toutes seules, que nous nous tournons vers les «intrants» utilisables en AB :  lâchers d’auxiliaires achetés, utilisation de quelques uns des produits végétaux ou minéraux simples autorisés par le cahier des charges de l’AB.

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(***) Des chiffres issus d’audits de maraîchers sont téléchargeables dans la bibliothèque des Biaux Jardiniers, au chapitre «les coulisses des buzz». Et gratos, en plus !

Sans désherbant chimique

De l’absence de concurrence des herbes adventices dépend très directement la réussite des cultures, chez nous comme ailleurs. Ce sont essentiellement les pratiques de lutte contre les mauvaises herbes, leur coût en temps et en matériels, qui créent le surcoût de prix des légumes de culture biologique contrôlée.

Binage de précision des planches permanentes de carotte avec une bineuse à éléments doubles et herse étrille de finition.

C’est un travail qui est très sensible à la météo : une pluie avant peut retarder un binage (et ensuite, il est vite trop tard !) ; une pluie après peut en anéantir les effets bénéfiques (et il n’y a plus qu’à recommencer, et un peu trop tard , donc avec un moins bon résultat ! ).

C’est principalement le “risque enherbement” qui distingue la Bio chez le maraîcher.

Une stratégie efficace de lutte contre les adventices nécessite à la fois beaucoup de préventif systématique (faux semis et dérivés) et du curatif précoce (binage sous ses diverses formes). Les moyens à mettre en oeuvre sont très divers, car il faut arriver à s’adapter à une grande diversité de situations : les Biaux Jardiniers binent avec toute une panoplie d’outils, utilisés pour les uns avec le tracteur, pour les autres à la main (un genre de traction animale…).  

Avant culture : faux semis + occultation

«Faux semis et occultation sont les deux mamelles du maraîcher bio du XXI ème siècle !»

Le faux semis

est cette technique traditionnelle, patiquée par les maraîchers depuis des sciècles, qui consiste à préparer le sol suffisamment longtemps à l’avance pour faire lever les graines d’adventices présentes dans le sol et ainsi avoir le temps de les détruire avant le semis de la culture, par exemple par un passage de rateau. Il faut donc enclencher leur germination en préparant la terre aussi finement que si on allait semer la culture elle-même. Un passage de rouleau favorise un bon contact terre / graine et le suivi régulier de l’humidité par l’arrosage permet d’obtenir une bonne levée .  

Il s’agit ensuite de détruire la levée d’herbe par le passage d’un outil assez agressif pour être efficace contre les plantules levées mais assez délicat pour ne pas trop travailler le sol au point de remettre en route une nouvelle germination. Anciennement, les maraîchers détruisaient cette levée d’herbe par «un p’tiot coup d’rateau». Actuellement, la herse étrille permet de mécaniser ce travail sur une plus grande surface. 

Autre système : les toiles d’occultation qui permettent de tuer les adventices levées, par étiolement, et sans aucun travail de sol.

L’occultation 

est une modernisation dérivée de la méthode précédente, qui peut se mettre en oeuvre grâce à l’utilisation des films plastiques noirs. Il s’agit d’obtenir la destruction des adventices, mises en germination par les façons culturales, en les privant de lumière. Parfois, en cas de faibles températures, pour être plus certain d’obtenir la levée des graines présentes dans le sol, les Biaux Jardiniers commencent par une «pseudo-solarisation« avec un film «étudié pour» obtenant ainsi une élévation des températures de sol et d’air. Mais cela n’est nécessaire que exceptionnellement.

En augmentant ainsi la témpérature du sol, notamment en début de saison, on a plus de chances de réussir la levée des adventices, particulièrement celles qui se développent pendant l’été. Ainsi, on «prend de l’avance» sur l’adversaire !

Une fois cet objectif atteint, on remplace les films de solarisation (qui peuvent alors servir sur une autre culture) par des toiles noires tissées et on fait une «occultation». Les toiles tissées sont fixées au sol par des agrafes métalliques.

Ainsi privées de lumières, les jeunes plantules qui avaient levé s’étiolent et disparaissent. Bien sûr, il ne faut pas oublier d’arroser autant que de besoin pour que les levées d’herbes continuent à se faire et que les plantules levées s’étiolent sous la bâche noire.

Un peu plus tard, on peut débâcher et donc semer dans un terrain propre :

Nous parachevons l’occultation en refixant les bâches par dessus le semis pour quelques jours. Si on ne laisse pas le sol se dessécher en surface, les conditions sont favorables à une levée rapide et homogène, il faut donc bien surveiller : dès que les premières graines de la culture semée commencent à lever, et si le soleil n’est pas trop agressif, nous enlevons les bâches d’occultation pour éviter que les plantes semées ne s’étiolent. Les bâches sont pliées,

les largeurs marquées à nouveau (les inscriptions s’effacent avec le temps), puis rangées à l’abri (notamment de l’agression par les ultra-violets) en attente d’un prochain usage.

On range aussi toutes les agrafes métalliques qui servaient à maintenir les toiles au sol en cas de vent. Ainsi que l’outil «auto-construit» qui permet de les arracher facilement.

Dès le lendemain, la levée s’est généralisée, 

et peu après, on voit bien les trois rangs de chaque planche (hé hé hé pas super droits !!! effectivement, mais parallèles, ça ira pas mal pour le binage mécanique).

Un bon départ (levée régulière, pas d’adventices) des cultures en semis direct amène en général de la sérénité aux biaux jardiniers. 

Morale de l’histoire :

«ça fait don ben beaucoup de plastique tout çà», diraient les esprits chagrin…

Et ben voui, répondrait le biau jardinier, tout à fait exact… Encore que les toiles d’occultation s’utilisent pendant de nombreuses années (plus de 10 ans) et sur plus d’une culture chaque année, ce qui fait au bout du compte (mais encore faut il accepter de compter) assez peu de matière consommée. 

Mais surtout, il nous semble que l’aspect humain doit être considéré en priorité :

- si on souhaite aux travailleurs bio de la terre des conditions sociales meilleures que celles de leurs collègues sri-lankais ou d’Alméria…

- si on pense qu’une brigade permanente de stagiaires non payés (voire qui paient pour passer quelques jours dans une «ferme» (?!) d’initiation à des méthodes miraculeuses de culture encore plus bio que bio) çà y ressemble un peu …

- si on constate que le consommateur n’est pas prêt à payer la carotte à un prix «trop» élevé (par rapport à la carotte de culture agro-chimique) et ben hein, ma foi, hein !

Après semis en pré-levée : désherbage thermique

Le désherbage thermique est une façon efficace et économique détruire un faux semis par la chaleur amenée très temporairement et seulement en surface du sol au moyen de brûleurs à gaz. Donc aucun rapport avec la violente technique de désherbage à la vapeur, grosse consommatrice d’énergie hélas utilisée par certains producteurs bio, dérivée de la méthode de «désinfection de sol» qui a tenté dans les années 60/70 de continuer à sur-exploiter les sols infestés de parasites telluriques par l’abus de rotations hyper simplifiées.

Il s’agit ici seulement de créer un bref choc thermique, suffisant pour provoquer, immédiatement ou en un jour la mort, des plantules d’adventices levées. Ce n’est qu’une cuisson (qui détruit les cellules des plantules, coagule les protéines)  pas une technique de brûlage de plantes développées avec production de cendres…

La technique peut s’utiliser en plein champ

ainsi que sous tunnel

Les biaux jardiniers ont investi dans ce brûleur il y a une vingtaine d’années; ils ont dû s’adresser à un constructeur extra-eurpéen puisqu’ils l’ont importé de Suisse. L’appareil utilise du gaz en phase liquide, (dans des bouteilles à plongeur comme sur les engins de manutention) pour lutter contre le gel provoqué par la détente lors de la combustion. Le gaz est parfaitement vaporisé par la conception du brûleur qui est constitué en fait d’un long serpentin réchauffeur.  

Contrairement aux méthodes mécaniques de destruction des faux semis, le brûlage deux énormes avantages :

- le biau jardinier est certain de ne pas provoquer une nouvelle mise en germination du stock de graines du sol puisqu’il n’y a pas de nouveau travail du sol.

- la technique peut s’utiliser alors que la culture est déja semée, mais pas encore levée, bien sûr (encore que quelques espèces supportent assez bien le passage de la flamme à quelques stades précis de leur développement).

Brûlage en pré-levée (voir shéma de principe ci-dessous).

Exemple de calendrier avec semis 2 semaines après la préparation de sol et brûlage 9 jours après le semis

http://sd-1.archive-host.com/membres/images/83700288762628507/houe_maraich/600principe_thermique.JPG

 

Le brûlage n’étant par nature pas du tout sélectif, c’est une technique qui demande pas mal d’observation pour déterminer le meilleur moment pour intervenir : il serait «très regrettable» de passer la flamme quelques jours trop tôt… et de laisser subsister des adventices, ou à peine quelques heures trop tard…et de détruire une partie de la culture en début de levée!

Un brûlage bien réussi, c’est la garantie d’une bonne maitrise de l’herbe dans des conditions de temps de travail raisonnables.

 

 

En culture : binage manuel

Y’a l’choix !

Les générations précédentes de paysans ont empiriquement mis au point toute une gamme d’outils, adaptés à diverses situations. Ces outils ont de nombreuses qualités et gardent encore tout leur intérêt. L’usage, et la tradition, leur ont donné un nom, qui peut varier selon les régions. Des fabrications récentes apparaissent aussi.

Houe maraîchère

Appelée aussi pousse-pousse, la houe maraîchère s’utilise poussée devant soi, avec de petits gestes du bras qui la font régulièrement revenir un petit peu en arrière.

Les manches de notre houe maraîchère sont des tubes cintrés boulonnés sur un petit bâti composé d’un fer en U sur lequel sont soudés des fers plats cintrés qui reçoivent les brides de fixation des différents outils. Un des intérêts de cette conception est que la houe, tout en n’étant pas lourde est beaucoup plus stable que celles en alu.

La houe sert aux premiers binages des légumes à croissance lente avec une lame oscillante (il en existe de différentes largeurs). Elle permet un travail très très précis. C’est un outils suffisamment confortable et efficace pour ne pas l’utiliser uniquement sur de petites occasions :

premier binage du carré de carotte d'hiver à la houe maraîchère

Divers accessoires peuvent se fixer en lieu et place de la lame oscillante, mais nous ne les utilisons pas.

Rapettes

Il existe une grande variété de «rapettes» : forgées ou non, en fonction de l’angle de travail, de la longueur du manche, on peut travailler plus ou moins près du légume, le travailleur en position plus ou moins droite, La lame permet de biner entre les légumes, notamment sur le rang. Comme la lame est fixée centralement (par exemple par un col de cygne), on peut «passer» très près, notamment sous les feuilles de la salade. Certains modèles sont conçus pour être utilisés «en tirant».

la "rapette" permet notamment le binage sur le rang des cultures repiquées

D’autres plutôt «en poussant».

Sarclot

Le Biau Jardinier a acheté son sarclot il y a bientôt quarante ans, chez les forgerons de la commune de sa première ferme.  C’est un outil un peu lourd, donc paradoxalement très confortable, puisque on dispose de la force procurée par sa masse quand il redescend frapper une herbe. Le jardinier amateur utilise le sarclot pour butter pomme de terre et haricot, le viticullteur pour casser les quelques herbes qui ont échapé au bionage mécanique. Le Biau Jardinier s’en sert par exemple pour supprimer quelques pieds d’indésirables qui tentent de s’installer dans les engrais verts jeunes, les bandes fleuries, pour quelques fignolages.

l'incontournable sarclot

Belette

Une lame oscillante, qui coupe les plantules, est associée à une série d’étoiles, dont le mouvement rotatif expose à l’air leurs racines. Si l’on n’aime pas travailler en compagnie de musique ultra contemporaine, il est recommandé de mettre régulièrement un peu de dégrippant dans l’axe de rotation des étoiles.  La «belette» fonctionne sur le même principe que la roue sarcleuse car les deux parties de l’outil travaillent de façon complémentaire.

Roue sarcleuse

​Outil beaucoup utilisé aux Pays-Bas et en Belgique, la roue sarcleuse s’utilise poussée devant soi. Elle se compose de trois éléments : une lame horizontale, une roue avec des pales, des tôles de protection. La  roue sarcleuse fonctionne sur le même principe que la «belette» car les deux parties de l’outil travaillent de façon complémentaire.

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  • La lame horizontale coupe les herbes levées.
  • Les pales qui composent la roue mise en mouvement soulèvent, coupent, et détruisent les adventices en exposant leurs racines à l’air ; elles binent la surface du sol. Les tôles latérales protègent les feuilles des légumes qui poussent sur le rang en les empêchant de se présenter devant la roue.

Lors du voyage de maraîchers Rhône Alpes dans le Sud-Ouest, un collègue originaire des Pays-Bas nous a montré sa «collection». Tous ses modèles sont équipés des petites tôles latérales qui écartent les feuilles des légumes en cours de végétation, ce qui leur évite d’être happés puis coupés par les fers plats de la roue. Il en possède plusieurs, de différenes largeurs, ce qui confirme aussi que les techniques utilisées ici ou là le sont aussi sur une base culturelle (kulturelle).

Les modèles remis en fabrication il y a peu d’années par une jeune entreprise française n’ont pas cet avantage, et c’est bien dommage !

Avantages des outils à main

Ils sont nombreux :

  • leur absolu silence (dû à l’absence d’usage d’énergie fossile par l’utlisation exclusive d’énergie motrice humaine, dite «renouvelable»…).
  • leur parfaite adaptation à toute une série de petits travaux (mise en route rapide, pas de réglages, travail solitaire possible)
  • la position de l’utilisateur, qui change de la station accroupie souvent nécessaire évidemment pour cueillir, mais aussi pour désherber manuellement ce que les bineuses guidées ou non ne peuvent pas atteindre
  • la position de l’utilisateur, qui change de la station assise sur le siège du tracteur indispensable pour sa conduite et apparemment génératrice de bien des problèmes abdominaux si on en juge par les évolutions de silhouette chez les jeunes agriculteurs,
  • la position de l’utilisateur, qui fait que, alors que lorsque le cul est sur le tracteur, l’esprit a facilement tendance à «ruminer», la station debout, qui a parait-il permis l’évolution de nos lointains ancêtres par l’irrigation du cerveau, semble procurer au Biau Jardinier des réflexions plus construites et positives,
  • et, last but not least, le travail à la main, en «forçant» l’utilisateur de ces outils à se déplacer avec lenteur, à être disponible à l’observation (d’où la nécessité de ne pas oublier sa petite loupe quand on part biner…)  permet surtout de garder les pieds sur terre, contact fondamental que l’agriculture contemporaine (du haut de ses tracteurs à cabine climatisée) a grand tort de sous-estimer.

Quel bonheur de passer «un p’tit coup d’rapette» dans les choux pointus du tunnel sous le soleil de mars, quelle sérénité d’arpenter un engrais verts en juin ou juillet en soirée longtemps après le chaud (qui a été consacré à la sieste à l’ombre…), le sarclot à la main pour détruire de temps en temps un pied de rumex récalcitrant ou un chénopode que le compostage en tas du fumier a laissé réchapper.

Sans doute que, s’il n’y avait pas ces moments, le Biau Jardinier se serait recyclé…

Vidéo : le plaisir du binage manuel

qui permet de laisser le sol accessible à certains insectes auxiliaires pour se nymphoser

 

En culture : binage tracteur

Un grand nombre d’outils de binage, plus ou moins récents, sont disponibles pour être attelés au traccteur, qu’ils soient proposés par les entreprises de machinisme agricole, ou bien qu’ils soient auto-construits.

Bineuses guidées

Les différents modèles de bineuses de précision ont en commun de nécessiter la présence de deux personnes : une conduit le tracteur, l’autre conduit la bineuse qui y est attelée.

entretien à la bineuse guidée dans le cèleri-rave : 2 personnes

Chacune a donc son siège, son volant, sa responsabilité à aller droit. Quand on travaille en couple, c’est d’une parfaite parité !

les éléments indépendants de la bineuse s'adaptent mieux aux irrégularités de la planche

En fonction des cultures et de leur stade de dévelopement, les Biaux Jardiniers uilisent deux types de bineuse guidée, chacune ayant des éléments de travail différents : les parallélogrammes «duo» et les parallélogrammes «simples».

Parllélogrammes duo

Les éléments de binage possèdent deux roues pour le réglage de la profondeur de travail, une de chaque coté du rang. Le parallélogramme chevauche le rang semé. Différentes pièces travaillent une partie de chacun des entre-rangs situés de part et d’autre du légume :

  • d’abord des petits disques protègent les plantules de légumes et permettent un binage très proche du rang
  • puis ​des dents binent l’entre rangs.
  • en fin des dents de herse étrille, dont la pression au sol est facilement réglable par un contrepoids permettent de mieux exposer au soleil les racines des adventices venant d’être binées

les éléments duo permettent de s'approcher très près du semis juste levé

C’est cet outil qui est utilisé en premier dans les cultures semées ( carotte, etc…) parce qu’il est le plus précis.

les éléments duo demandent calme et concentration...

Les Biaux Jardniers font avec cet outil le même type de travail très précoce qu’avec leur houe à bras à lame oscillante, mais plus vite. Ils ont fait cet investissement grâce à une aide du conseil régional de Bourgogne.

la bineuse duo permet les premiers binages avec précision et rapidité

Parallélogrammes simples

Les paralléogrammes simples, eux, ont une seule roue de terrage de la profondeur de travail ; ils sont situés au dessus de l’entre-rang. Ils permettent donc de biner les cultures quand elles sont plus développées.​ C’est sur ce matériel que les Biaux Jardiniers installent des doigts souples de binage quand ils souhaitent travailler le rang de légumes.

Cet outil permet de biner SUR le rang les cultures assez implantées pour l’accepter sans dommage.

les doigts de binage travaillent sur le rang de légume

Bineuses non guidées

Pour biner au tracteur mais avec son seul conducteur, le Biau Jardinier utilise la barre porte outil fabriquée lors d’un stage d’auto-construction. Cet outil va très bien pour tout ce qui n’est pas le binage de précision. Le Biau Jardinier l’utilise donc pour les derniers binages des cultures à grand écartement, comme le cèleri-rave (donc avec 3 éléments pour biner 2 rangs).

la barre porte outil permet d'effectuer seul les binages d'entretien dans les cultures développées

Binage des allées

Les allées dans les engrais verts sont elles aussi binées : pas question en effet de laisser aux vivaces la possibilité de s’installer dans les allées pendant les 3 années que restera en place le mélange trèfle/luzerne/poacées. La première année, les Biaux Jardiniers préfèrent souvent pour l’entretien d’allées encore peu tassées le travail plus précis obtenu avec les éléments parallélogramme simples.

entretien des allées dans les engrais verts avec les éléments parallélogramme

Mais pour biner les allées les années suivantes, les Biaux Jardiniers utilisent la barre porte outil auto construite montée avec des dents type queue de cochon, mieux adaptées au travail d’un sol dur.

entretien des allées entre les planches en engrais vert pluriannuel

Ce sont des dents double spire, très solides et suffisamment agressives, parce que les allées en question sont régulièrement tassées lors des passages de broyeur, et moins souvent travaillées en surface  que celles qui séparent les planches permanentes qui sont en légumes. Nous utilisons donc aussi un soc renforcé. Il fait 30 cm de large, ce qui permet de «nettoyer» toute la largeur de l’allée en un seul passage.

Mais il faut aussi éviter de déstabiliser l’allée (puisqu’elle sert à rouler en tracteur) en travaillant trop profond ; d’où l’intérêt de la barre porte-outils proposée à l’auto-construction par l’Atelier Paysan sur laquelle il a été prévu des roues de jauge.

  • Pour toutes explications, autres possibilités, photos et plans de cet outil très polyvalent, cliquer  ICI !
  • Pour les dates de stage d’auto-constrution, c’est sur le site de l’Atelier Paysan (ex adabio auto-construction).

La méthode corse

Les diverses méthodes  de faux semis ont en commun une limite : ll faut que soient réunies les conditions adéquates pour que les graines d’adventices lèvent (élémentaire, mon cher Watson !).  Or, humidité, durée disponible avant l’implantation de la culture, mais surtout température, ne sont pas des conditions réunies en toute saison, notamment au printemps, avant la mise en place des premières cultures précoces de plein champ.

Nous utilisons donc une méthode que certains maraîchers pleins d’humour et d’auto-dérision ont baptisée  : la méthode corse… parce que le terrain est intégralement plastiqué Boum ! Ah Ah Ah !

Mise en place.

Paillage de la planche.

Dans ce système, les planches de culture sont paillées à la dérouleuse 

Pose mécanisée du film de paillage sur la planche permanente.

avec un film polyéthylène très fin (15 microns) ou un film biodégradable (selon la durée de la culture)

Toile d’allée.

Les allées sont ensuite couvertes d’une toile noire épaisse tissée (et réutilisable de nombreuses années) qui est déroulée et fixée manuellement. Avec des crochets métalliques adaptés à nos conditions de sol et de vent que nous faisons plier à nos cotes par un producteur local de ferrailages.

Les toiles d'allées sont fixées au sol par des agrafes métalliques pliées à nos dimensions.

En fin de cutlure, un petit outil auto-bricolé permettra d’enrouler mécaniquement les toiles après usage, tout en les nettoyant. Elles seront alors disponibles pour servir ailleurs.

Sur deux cultures.

Nous utilisons la méthode corse pincipalement pour le carré des échalotes / oignons

ainsi que celui des petits pois,

C’est à dire les cultures implantées en plein champ en début de saison.

Réutilisation, recyclage.

Film de planche.

Recyclage par le sol ou par la filière déchets, il y a donc deux possibilités en fonction du matériau utilisé :

  • le film biodégradable est broyé en même temps que les restes de la culture, avant incorporation du mélange au sol dont la vie microbienne, en présence d’air et d’eau assurera la suite du cycle,
  • le film PE est sorti de terre en même temps que la culture par le passage de l’arracheuse, correctement nettoyé par secouage, et porté à la collecte sélective pour recyclage.

Toile d’allée.

Les toiles de l’allée en polypropylène tissé, les agrafes métalliques, sont durables une dizaine d’années ; elles sont donc enlévées et rangées avant leur prochaine utilisation.  Les agrafes métalliques sont d’abord arrachées manuellement avec de petits outils bricolés de trois coups de marteau et deux baguettes de soudure et rangées dans des pallox adaptés à cette utilisation, eux avec trois coups de visseuse.

Les toiles peuvent être pliées manuellement, ou bien roulées grâce à une petite machine de fabrication très locale, toujours pour stockage en attente d’une prochaine utilisation.

la toile de paillage d'allée est réenroulée mécaniquement à l'aide d'un petit moteur hydraulique

La tension crée par l’enroulement et la place des pièces métalliques permet de nettoyer au fur et à mesure ce qui est enroulé.

nettoyage en même temps que enroulage

Ces toiles sont retirées en cours de culture quand l’enherbement n’est plus à craindre. Elles sont assez solides pour que nous les utilisions une bonne dizaine d’années, ce qui au bilan entraine peu d’utilsation de matière.

«Morale» de l’histoire.

Milieu «naturel»

La présence de bandes fleuries régulièrement réparties dans tout le jardin permet d’offrir un refuge aux insectes rebutés par la surface de paillage, c’est pourquoi les Biaux Jardiniers les soignent particulièrement tout au long de la saison.

Voisinage méthode corse et bandes fleuries permanentes.

bande fleurie repiquée entre, à gauche, occultation avant semis et à droite oignon en méthode corse

bande fleurie à base de coquelicot et bleuet repiquée en bordure de carré oignon/échalote

Un autre lieu de refuge pour les insectes auxiliaires, qui ont besoin de butiner et se nourrir, c’est le bout des planches. Les chemins du jardin, au lieu d’être toujours «parfaitement» tondus de frais genre pelouse de lotissement ou espace «vert», comportent près des planches de culture des bandes qui ne sont pas fauchées, ce qui permet de diversifier la flore, d’apporter des fleurs aux butineurs, etc. Évidemment, l’entretien, forcément manuel puisque sélectif, de ces endroits, demande plus de temps qu’un simple passage de broyeur.

bande enherbée en début et cours de floraison, en bout des oignons conduits en méthode corse.

principe de la fauche sélective appliquée au maraîchage

«Milieu» humain.

 Re-morale de l’histoire : «ça re fait don ben beaucoup de plastique toute cette méthode corse», re-diraient les esprits chagrin…

Et ben voui, re répondrait le Biau Jardinier, tout à fait exact… Encore que les toiles installées dans les allées s’utilisent pendant de nombreuses années (plus de 10 ans) et sur plus d’une culture chaque année, ce qui fait au bout du compte (mais encore faut il accepter de compter) assez peu de matière consommée. Et le paillage des planches permanentes est réalisé avec le film le pluis fin disponible sur le marché.

Mais surtout, il nous semble que l’aspect humain doit être considéré complètement, y compris sous l’angle du travailleur, car :

  • si on souhaite aux travailleurs bio de la terre des conditions sociales meilleures que celles de leurs collègues Sri Lankais ou d’Alméria…
  • si on pense qu’une brigade permanente de stagiaires non payés (voire qui paient pour passer quelques jours dans une «ferme» (?!) d’initiation à une des méthodes miraculeuses de culture encore plus permabio que bio sur sol très vivant de paille et carton plus liseron) et bien oui, çà y ressemble un peu …
  • si on constate que le consommateur n’est pas prêt à payer la carotte à un prix «trop» élevé ( trop = par rapport à la carotte de culture agro-chimique) et ben hein, ma foi, hein ! ? !

Sachant que, bien évidemment, l’utilisation de films de paillage polyéthylène ou polypropylène pour mettre en oeuvre les diverses techniques de maitrise de l’enherbement n’est pas incompatible avec la mise en place et l’entretien des bandes fleuries utiles pour héberger et multiplier les insectes auxiliaires des cultures, l’entretien du bocage, la pratique systématique des engrais verts notammment pluriannuels, etc…

repiquage de coquelicot, bleuet,etc... pour favoriser les auxiliaires entre les carrés de maraîchage

La sauterelle

article à venir

 

En attendant : LIEN

Sans insecticide de synthèse

Pour ne pas avoir besoin des insecticides de synthèse pour lutter contre les parasites des cultures, c’est finalement plutôt simple : les Biaux Jardiniers travaillent dans une optique qui pourrait éventuellement se nommer valorisation du milieu si on utilise les éléments de langage contemporains, ou travail en harmonie avec le milieu, voire agriculture Bio paysanne, consistant principalement en :

  • un entretien «écolo» de l’ensemble de la ferme,
  • des bandes fleuries permanentes au jardin,
  • des aménagements spécifiques systématiques.

«Aménagements».

Aussi préservé soit l’ensemble d’une ferme diversifiée, reste cependant une question : comment faire en sorte que tous ces animaux qui peuvent aider le maraîcher ne soient pas rebutés par l’activité même du maraîcher (qui, fondamentalement, reste un intrus !), ou les conséquences de son activité ? (potentiellement nocive par système !). Comment faire pour que l’auxiliaire potentiellement régulateur des populations de ravageurs «ait envie» de se déplacer jusque dans les planches de légumes alors qu’il y a un milieu qui lui convient probablement bien (ou mieux) juste où il est ??? C’est pour répondre à cette situation que les Biaux Jardiniers

  • mettent en place au milieu même des carrés de légume des aménagements qui se veulent «attractifs»
  • gèrent les abords immédiats des planches de légumes (allées, engrais verts) en évitant ce qu’ils pensent décourageant voire nocif pour les auxiliaires présents sur la ferme et réalisent ce qu’ils pensent favorable à leur circulation paisible partout dans le jardin jusque au milieu de ses carrés de légume.

Rapaces.

Les rapaces sont d’excellents prédateurs des rongeurs ; nous installons donc quelques simples piquets aux «endroits stratégiques», ils attirent principalement la buse variable, mais pas que.

Les lieux humides, les flaques, attirent de nombreux oiseaux, gros consommateurs d’insectes

Batraciens.

Lors des travaux d’assainissement ou de terrassement (qui ont pour but d’assécher les endroits où l’eau envahit nos cultures et voies de circulation), nous gardons systématiquement de la place pour un environnement humide favorable à certains auxiliaires. Par exemple : creuser un fossé d’évacuation pour protéger le jardin des eaux de l’amont est l’occasion d’en recreuser une partie à un niveau plus bas que son évacuation, ce qui nous permet de créer une petite mare qui apporte la présence quasi permanente d’assez d’eau pour y attirer les batraciens. Une fois installés, ils pourront participer efficacement par exemple à la prise en charge de la régulation des limaces. Il suffit ensuite d’assurer le maintien d’un niveau d’eau permanent suffisant en cas de besoin par l’ajout éventuel d’un peu de l’eau d’arrosage.

Et çà marche !

Auxiliaire de lutte biologique contre les limaces...

Corridors.

Les milieux végétaux variés présents sur notre ferme (prairie permanente, bocage, prairie inondable, bois, prairie temporaire, arbres isolés et têtards, etc…) apportent une grande diversité. Mais bien sûr, ces milieux favorables à la biodiversité se situent pour l’essentiel à l’extérieur des parcelles de légumes. Alors : quid du centre du jardin lui-même ??? Comment attirer les auxiliaires jusqu’au milieu des planches de légumes elles-mêmes ??? En installant des liaisons, des «corridors écologiques» facilitant les déplacements des insectes entre ces lieux, entre les périphéries du jardin et son centre. Et en décidant de ne pas détruire les lieux de vie des auxiliaires par un de ces entretiens de type «espace vert / tondeuse à gazon hebdomadaire» qui «fait propre» (mais très mal au milieu…)

Nous choisissons de n’entretenir que très légèrement ces lieux de potentielle circulation d’insectes de façon à ne les perturber qu’au minimum compatible avec la culture maraichère. «Toutes ces bestioles» peuvent ainsi se déplacer avec moins de risque vital et  visiter - et coloniser -  l’ensemble du jardin grâce à ces «corridors écologiques». Au pied des haies par exemple, la végétation des lisières n’est jamais complètement fauchée, et jamais tous les ans partout à la fois : la lisière entre une haie et la «prairie permanente» qui la longe (même si cette «prairie» - qui est en fait une voie de circulation en bout des planches de légumes - n’a que quelques mètres de largeur), est une zone riche de cohabitation de milieux et donc d’individus différents (c’est le cas le long de toutes les frontières…sous réserve de la qualité de l’intervention humaine…). En bout des planches  aussi, nous choisissons de laisser la végétation de fleurs déjà présentes se développer, ce qui contribue à mettre en relation les bandes fleuries entre elles. Que ce soit au bout des planches cultivées en engrais verts

ou en bout de celles cultivées en légume.

En bout de planche, l'allée n'est pas intégralement tondue.

Arbres isolés.

Des arbres isolés ppour fvoriser la biodiversité, même à coté des tunnels.

En plusieurs places du jardin, les Biaux Jardiniers ont laissé se développer des arbres qui s’étaient spontanément semés, principalement des chênes. Et ils en ont guidé la croissance. Avec le temps, ils offrent des perchoirs, de l’ombre, un type de couverture de sol par les feuilles, etc… bref, un milieu différent du maraîchage, qui permet d’ajouter de la biodiversité. Bien sûr, il faut aussi veiller aux difficultés de cohabitation des branches couvrantes avec par exemple les tunnels… et faire appel à des travailleurs pertinents sur ce sujet !

Taille douce = élagage sélectif

«Gestion» écolo du milieu.

Dans le cadre «préventif» de l’entretien écologique de l’ensemble de notre ferme : haies bocagères évidemment, mais plus largement, nous essayons de préserver sur l’ensemble du jardin un milieu équilibré, favorable aux auxiliaires, dans nos différentes pratiques paysannes :  fauche sympathique, entretien sélectif, fauches décalées, broyages peu fréquents, pas de passage en rase-mottes, conservation de lieux «sauvages» d’arbres isolés etc… bref, l’anti tondeuse à gazon, l’anti «faire propre».

Lieux «sauvages».

La ronce, l’ortie, le prunelier, le lierre… entre autres, attirent, nourissent, hébergent, bien des auxiliaires, par exemple Macrolophus, une punaise très polyphage ; ils attirent aussi des pollinisateurs. L’enjeu est donc de définir «au beau milieu du jardin», des emplacements où il est possible de les laisser pousser plusieurs années de suite sans trop de gêne pour le travail agricole ; et d’avoir assez de ces emplacements pour éviter l’enfrichement (ou le boisement spontané…) tout en les renouvelant régulièrement de temps en temps, tout en en gardant toujours plusieurs d’opérationnels…

Ronce + ortie + lierre = abris pour de nombreux auxiliaires

Ces aménagements aussi simples que peu couteux sont aisés à mettre en place, et leur efficacité n’est pas discutable pour attirer près des légumes des auxiliaires qui se déplacent sur quelque distance. Leur entretien et leur «surveillance» ne demandent qu’un peu d’investissement mental, de planification… et de travail suivi. Et de volonté aussi de passer outre les éventuels regards réprobateurs du voisinage !

Bref, cela demande surtout de la décision … mais pas plus que les autres pratiques biologiques !

Allées enherbées.

Dans tout le jardin, de larges allées enherbées permettent la circulation à pied, en brouette, les passage de tracteur pour le transport des récoltes, les manoeuvres de tracteur lors du travail du sol, etc… Ces allées sont bien évidemment entretenues de très près puisque leur «carrossabilité» l’exige (le confort des pieds maraîchers aussi). Alors, pour favoriser la vie des insectes, nous avons choisi de n’en broyer régulièrement que la partie centrale, strictement indispensable aux passages des Biaux Jardiniers : et uniquement sur la seule largeur du tracteur. Et assez souvent pour faciliter le travail des Biaux Jardiniers (les travailleurs ont des droits).

Cela permet de laisser mieux se développer la végétation en bordure : celle qui potentiellement relie entre elles toutes les planches en légumes et en bandes fleuries permanentes, avec comme objectif là aussi de créer un «corridor» écologique pour la circulation des insectes et aider à leur meilleure exploration de tout le jardin et ses cultures. Là, les passages d’entretien sont beaucoup moins fréquents.

Cela permet de moins déranger la faune. Et de laisser le temps à la végétation de se développer… et fleurir. Et même parfois grainer. Et comme une bande tenue broyée est entretenue juste à coté, cela n’empêche pas les Biaux Jardiniers de disposer tout au long de la saison dans leurs chemins d’une place pour marcher le matin sans se mouiller les mollets de rosée, et sans devoir avancer en levant toujours plus haut les pieds pour cause de manque d’entretien…

Comme tous les auxiliaires présents au jardin, les Biaux Jardiniers ont  besoin que les conditions répondant à leurs besoins soient réunies… Nous avons la volonté de concilier respect et valorisation des auxiliaires avec respect et valorisation du travailleur agricole… par des actions simples.

Fauche décalée…

La fauche décalée ? çà consiste tout simplement à ne pas réaliser toutes les fauches au même moment. C’est à dire programmer les fauches de telle façon qu’il y ait toujours des parties fraîchement coupées à coté des parties en fleurs :  juste le contraire de la politique de la tondeuse à gazon de type espace vert ! On peut ainsi concilier entretien régulier ET conservation d’un milieu plus «mûr» qui sert de refuge pendant la repousse de ce qui a été coupé pas loin, jusqu’à ce qu’on face le vice-versa. Cette façon de faire peut se pratiquer un peu partout sur la ferme et nous l’appliquons à l’entretien…

…des allées,

Les bordures des allées ne sont pas forcément broyées au même moment de chaque coté de l’allée de circulation

…des engrais verts.

On peut aussi choisir de ne pas tout broyer le même jour dans un carré en engrais vert. Par exemple dans un mélange de graminées comprenant aussi de la luzerne, si on ne broie qu’une partie des planches,

cela permettra d’échelonner sa floraison par succession et donc d’allonger la période avec de la fleur de luzerne disponible pour les insectes butineurs. Dans un engrais vert pluriannuel en début de vie, la différence de pousse entre les planches obtenue par la fauche décalée fauche aussi de provoquer une possible différenciation dans les dominances végétales, donc dans la répartition des divers espèces du mélange pluri-annuel semé.

Dans le cas d’un mélange diversifié contenant des céréales, on peut par exemple choisir de ne broyer que celle ci dans un premier temps, et assez haut pour seulement en éviter l’épiaison, voire uniquement une partie des planches,

tout en laissant donc aux espèces les plus basses le temps nécessaire pour fleurir ensuite dans un milieu différent.

Entretien sélectif.

L’entretien sélectif, çà consiste tout simplement à regarder, puis faire des choix : choisir ce qu’on garde, choisir ce qu’on coupe. Avec par exemple la faux à moteur, on peut laisser pousser certains des végétaux choisis,  présents un peu partout au jardin

notamment dans les bords des allées : ceux dont nous recherchons la présence puisqu’il est établi qu’ils favorisent les auxiliaires. Ils viennent d’ailleurs peut-être d’individus des bandes fleuries, et qui ont grainé…

L'entretien sélectif permet de multiplier plantain, achilée,...

Ça nous semble bon pour le milieu… et bon aussi pour celui qui s’use la santé à manier l’outil à moteur : çà aide à garder l’oeil vif et les neurones en éveil… et à ne pas se transformer en objet de la machine !  Les Biaux Jardiniers ont plaisir aussi à ne pas travailler «bêtement». Chaque fois que la configuration des lieux y incite, ils évitrent l’attitude «faire propre type espace vert» en préservant de la diversité.

Les passages d’entretien des bordures d’allées (qui sont aussi les «bouts» des planches de légume) sont assez peu fréquents. Il nous semble que en combinant fauches décalées et entretien sélectif, les conditions deviennent alors beaucoup plus favorables aux insectes aussi en bout de planches : leur circulation d’une bande fleurie à l’autre (donc d’un carré de légume à l’autre) en est facilitée.

Bouts de planches entretenus de façon à mettre les bandes fleuries en relation entre elles.

Fleurs pour auxiliaires

Historique et mise en place

Idées et démarche.

C’est au tout début des années 2000, par l’incitation et avec l’appui technique de Roger Raffin, que nous avons été sensibilisés à la problématique des bandes fleuries pour favoriser les auxiliaires. Roger était le technicien maraîcher de la chambre d’agriculture du Rhône qui animait le groupement technique dont nous faisons partie et qui suivait notre première ferme de Cercot- Moroges, puis nos quatre années de recherche de ferme dans les Monts du Lyonnais, et en fin accompagna notre réinstallation à Sornay à partir de 1996

La mise en place des bandes fleuries s’est menée dans notre Biau Jardin en parallèle avec la conversion progressive au travail en planche permanente. Il faut dire que les deux questionnements venaient de ce que tout un chacun pouvait remarquer comme conséquences nuisibles de l’intensification tant du travail du sol très fréquent que des rotations très rapides chez des collègues Bio qui faisaient face à des problèmes de structure de sol notamment.

La mise en place des bandes fleuries est ainsi une démarche qui a eu un «avantage colatéral» : faciliter notre «saut à pieds joints» dans l’aventure du travail en planche permanente en «fixant» définitivement la place de chaque planche en légume par la présence de «planche fleurie pluri-annuelle devenue obstacle», qui sert de repère, aux planches de légumes. Donc lors du travail de sol, énormément moins de risque de les glisser.

Premiers mélanges pour bandes fleuries en 2001

C’est notamment par des contacts avec des arboriculteurs bio de Suisse que l’affaire a débuté. Leur station d’essai avait commencé à tester et mettre au point des mélanges de nombreuses espèces de fleurs annuelles et vivaces pour lutter contre certains parasites des pommiers. Une des conclusions de ces premières pratiques était qu’il fallait absolument que les «réservoirs d’auxiliaires» ne se situent pas trop loin des parasites à réguler (= des plantes à protéger). Cela va sans dire, mais cela va encore mieux en le disant : les insectes sont petits, les distances deviennent donc rapidement grandes (trop grandes) pour eux. Les essais donnaient environ 25 mètres comme distance à ne pas dépasser.

Premières bandes fleuries pour "amener" les auxiliaires au jardin.

Il y a eu aussi des contacts avec le semencier italien qui avait mis au point des mélanges complexes pour engrais verts et pour parcelles fleuries à la demande d’une très (très très) grosse ferme italienne en culture biodynamique. Ce mélange avait servi de base et été adapté aux conditions climatiques de la région Rhône- Alpes.

Certaines espèces peuvent devenir envahissantes et limiter la biodiversité dans les bandes fleuries.

Ce sont ces divers mélanges, présentés sur les trois photos ci-dessus (scans de photos d’époque)  que nous avons utilisés les premières années. Nous les avions mis en place par semis direct manuel en mélange avec du sable, d’où difficultés de désherbage. Ces mélanges ont été diffusés par un gros distributeur agricole de l’Ain. Mais sans trop de succès commercial, les maraîchers étant probablement en grosse majorité gens frileux… Pour ce qui est de son coté, cette aventure n’a donc pas duré.

Concrétiser l’idée

Notre Biau Jardin était au départ organisé pour la rotation des cultures en carrés contigus correspondant au maillage de l’arrosage. Nos contraintes face aux éventuelles modifications étaient :

  • garder le même système d’arrosage,
  • respecter au mieux la rotation antérieure,
  • garder des carrés d’une surface assez petite adaptée au maraîcher diversifié vendant au détail,
  • que les bandes fleuries soient suffisamment rapprochées pour limiter la «dérive» dans le travail du sol et ainsi faciliter notre passage expérimental en «planches permanentes» - système à l’époque balbutiant - en sécurisant le maintien «exact» de la place des planches d’une année sur l’autre.

Nous avons donc choisi d’implanter les bandes fleuries toutes les 16 planches soit chaque 24 mètres environ.  Donc de regrouper deux carrés d’ancien format et d’installer autant de bandes fleuries que de carrés de nouveau format pour simplifier la gestion. De cette façon chaque bande fleurie n’est pas éloignée d’une planche de légume de plus d’une douzaine de mètres.

Ce qui fait «perdre de la place» ? Effectivement ! Une place qui serait sinon productrice de légumes ! Effectivement : 6.25 % de la surface nette cultivée en légumes ! Mais çà n’est à notre avis sans doute pas un problème ; plutôt une preuve supplémentaire que si une parcelle ne peut pas accueillir quelques pour cent de surface assez diversifiée et non directement productive, il est sage de ne pas rêver y produire en culture biologique…

Journée technique 2003

Mais les premiers résultats étaient assez encourageants pour que en septembre 2003 la Chambre Régionale d’Agriculture Rhône-Alpes organise sur notre ferme la journée technique régionale qu’elle prenait en charge chaque année impaire à l’époque où Tech et Bio n’existait pas. Ce fut un beau succès, et l’occasion d’une visite commentée par Dominique Berry, notre technicien régional «successeur» de Roger, dans le but de partager les premiers résultats (les Biaux Jardiniers avaient réalisé un suivi photographique des bandes fleuries). Et d’inciter les collègues à tenter l’expérience. Dominique avait aussi présenté les résultats d’une autre expérimentation.

Journée technique de visite des bandes fluries organisée en 2003 par la chambre régionale d'agriculture Rhône-Alpes.

Un technicien de la firme semencière italienne avait lui aussi participé à cette journée, comme environ 130 techniciens et maraîchers de quasi tous les départements de Bourgogne et de Rhône-Alpes. Et aucun maraîcher de Sornay.

Où en sont les essais ?

Depuis, plusieurs études ont été menées sur le rôle des bandes fleuries dans la lutte contre les parasites des cultures maraîchères. (LIEN à venir vers la bibliothèque technique des Biaux Jardiniers). Certaines sont encore en cours. Aucune n’a apporté de preuve formelle et définitive de l’efficacité de cette pratique en plein champ ; principalement parce que les critères de l’efficacité sont très difficiles à mettre au point de manière scientifique. Et que la comparaison (avec / sans bande fleurie) est difficile à établir. Metttre en évidence le rôle de la seule bande fleurie est complexe, puisque le milieu est complexe ! Et les inter-actions sont nombreuses puisque toute parcelle est un écosystème. Il est par exemple prouvé que les auxiliaires sont plus nombreux sur les bandes fleuries… mais la preuve de leur déplacement est bien plus délicate à obtenir.

Par contre, les essais menés au GRAB (Groupe de Recherche en Agriculture Biologique) d’Avignon par Jérôme Lambion sur l’introduction et le maintien d’auxiliaires indigènes sous tunnels commencent à apporter des preuves de la faisabilité et de l’efficacité de cette technique (LIEN à venir).

Les Biaux Jardiniers rassemblent un ensemble de documents et compte-rendus d’essai sur les bandes fleuries - et sujets connexes qui seront bientot disponibles dans leur «bibliothèque des Biaux Jardiniers».

Un «terrain de jeu».

Les bandes fleuries cultivées dans notre Biau Jardin ont à nos yeux plusieurs fantastiques avantages absolument incontestables :

  • elles vont dans le sens de l’autonomie du paysan, puisque la démarche consiste d’une certaine façon à produire nous-même sur la ferme nos propres «insecticides». Démarche d’autonomie qui nous semble complémentaire de la systématisation des engrais verts pluriannuels (lien) qui permettent à notre ferme de produire elle même une grosse part de ses engrais (bio).
  • elles sont un milieu d’observation de la faune absolument gratuit ;  et donc un lieu de formation paysanne auto-géré par les paysans eux-mêmes … absolument gratuit  (un genre de véritable éducation populaire  : le système pour… et par…).

Bande fleurie = terrain d'observation, donc de formation, toute l'année !

Et last but not least :

  • C’EST BEAU !

Vivre et travailler dans un lieu paysan ET agréable, c’est à nos yeux fondamental.  Les Biaux Jardiniers, qui ont choisi de quitter leur première ferme maraîchère après 17 années, lors de la mise à 2 * 2 voies de la route qui longe la commune, en parlent d’expérience… Quitte a vivre les «inconvénients» inhérents à la campagne, autant en cultiver aussi les avantages !

Cultiver des bandes fleuries

   
   
   

Plusieurs critères

et objectifs nous guident dans le choix des variétés qui composent le mélange installé pour plusieurs années consécutives sur la planche en bande fleurie. En vrac :

Lieu de tranquilité

  • Un lieu de «tranquilité» pour les insectes, avec au grand maximum un seul passage de tracteur par an, et chaque fois que possible pas d’intervention du tout avec le tracteur. Le but ? Peinards…

Floraison échelonnée.

  • Une floraison échelonnée suffisamment pour attirer les butineurs tout au long de la saison et ainsi faciliter la pollinisation des cultures.

Attirer.

  • Attirer les auxiliaires spécifiques des parasites de nos cultures en installant des plantes à parasite inféodé ( = parasite qui lui est spécifique => il n’y a donc pas de risque qu’il parasite nos cultures).

Certains végétaux attirent un puceron qui leur est inféodé : c'est

(par exemple le puceron spécifique du bleuet attire la coccinelle qui, elle, parasite plusieurs différents pucerons).

la coccinelle à 7 points parasite le puceron du bleuet, et bien d'autres pucerons...
  • Augmenter selon le besoin du légume voisin la proportion de plantes identifiées comme particulièrement efficaces pour attirer les prédateurs que nous recherchons.

Éviter les invasions.

  • Éviter les plantes repérées comme rapidement dominatrices des autres espèces pour préserver au mieux la biodiversité plusieurs années de suite sur la bande fleurie.

  • Limiter au maximum la concurrence pour les légumes des planches permanentes joignantes. Certaines espèces particulièrement imposantes, mieux vaut ne les cultiver qu’entre deux carrés en engrais vert…il suffit de le prévoir dans la rotation. Par exemple du mélilot.

  • Éviter absolument l’installation d’adventices qui graineraient dans les planches de légume et provoqueraient une charge de travail supplémentaire comme un risque pour les récoltes de légume.
  • Choisir des espèces issues de familles botaniques pas ou très peu cultivées au jardin pour essayer de provoquer plus de biodiversité.

Aussi des céréales.

Choisir des espèces peu ou pas cultivées sur la ferme pour plus de biodiversité, cela se traduit chez nous par notamment  le semis de quelques planches de bande fleurie en céréale (une culture absente de notre gamme de légumes, donc un enjeu d’autant plus important) et que nous laissons mûrir.

Sauf exception, la céréale est semée en mélange avec une fabacée (légumineuse) couvre-sol (voire souvent un mélange de plusieurs) dont le développement est plus tardif ; cela permet d’assurer la couverture du sol plusieurs mois après que la céréale soit arrivée à maturité. Les Biaux Jardiniers n’ont d’ailleurs là aussi rien inventé : ce système d’association céréale / légumineuse était pratique courante chez les collègues bio en polyculture élevage des années 1960 / 70. Ils utilisaient cette association pour limiter le salissement de leur céréale par les adventices et elle leur permettait après moisson une récolte plus rapide de fourrage au bénéfice de leur troupeau ; donc une meilleure productivité de la parcelle tout en en favorisant la biodiversité comme la fertilité.

Une bande fleurie de ce type peut couvrir la planche sur quasiment deux années, y compris deux hivers… et réussit très bien sans autre arrosage que l’eau qui tombe toute seule du ciel ! Selon les mélanges, elle assure une plus ou moins longue floraison.

Un des intérets de la céréale est aussi de fournir à maturité des tiges creuses, qui sont de potentiels abris d’hivernage, de changement de stade, ou de reproduction des auxiliaires. Expérience faite, elle peut s’entretenir avec le minimum d’agressivité pour la faune grâce à un passage de roloflex.

Céréale couchée par un passage de roloflex

Autour des bandes fleuries.

Comme elles délimitent nos carrés de culture, les bandes fleuries des parcelles longées par une haie bocagère n’en sont séparées que par les quelques mètres de l’allée enherbée. Cette proximité peut permettre à la faune de la haie - via cette connexion - de se déplacer éventuellement jusqu’au centre même du jardin : c’est la mise en place d’un système de «corridor écologique». Lieu d’autant plus intéressant aux moments où il y a des planches de sol nu pour cause de mise en culture !

Installer et entretenir

Pour semer les fleurs choisies, les Biaux Jardiniers utilisent, comme pour les cultures de légume, les différentes techniques à leur disposition, en fonction des types de mélanges ou de la situation de la planche.

Semis direct.

  • semis direct, à la main ou mécanique avec le semoir à engrais vert, par exemple après une occultation ;

Semis motte.

Mais le plus souvent, nous semons les fleurs en plaques de mottes, pour élevage en pépinière, quelques semaines dans la serre solaire du bâtiment, avant repiquage définitif en place. Le semis est manuel - par variété pure ou bien en mélange. La grande diversité de forme des graines (une quinzaine de fleurs différentes) oblige évidemment, à l’échelle du petit maraîcher diversifié, le semis manuel sauf exception.

Pépinière de plants d'une quinzaine de variétés pour bandes fleuries pluri-annuelles, réservoirs d'auxiliaires

Plantation.

Repiquage manuel.

La plantation se fait en alternant les diverses variétés par groupes d’importance suffisante. Et en fonction des situations, soit :

  • sur terrain nu, après occultation ou pas, en alternant les diverses variétés par groupes d’importance suffisante ;

l’entretien nécessaire pouvant éventuellement se faire rapidement avec la bineuse.

  • sur paillage biodégradable.

Dans ce cas, nous détruisons suffisamment le paillage un peu avant le moment où les graines des fleurs arrivent à maturité pour qu’en tombant, elles puissent germer au sol pour assurer le renouvellement et la pérénité de la bande fleurie dans sa diversité par re-semis «spontané».

Plantation mécanique.

Plantation mécanique de bande fleurie sur sol nu.

Mais quelle que soit la méthode utilisée, et au delà de la préparation du sol, des mélanges, des plants, etc… la bande fleurie est une culture à part entière !

Entretien.

C’est donc un réel travail d’entretien : arrosage de reprise,

Pour réussir la bande fleurie, son implantaion demande aussi de l'arrosage.

binage… (s)

et il est possible de devoir, au moins la première année, faire un petit passage à la main pour détruire les adventices qui réussissent à se développer malgré toute la prévention mise en oeuvre.

Ou devoir les années suivantes passer faire la chasse aux rumex (ou autres). Il y a aussi, selon sa composition, son ancienneté, etc… de l’entretien à réaliser quand la bande fleurie qui vit et prospère… s’élargit !  Mais rien n’empêche d’attendre «le dernier moment» pour passer le rotofil : celui du semis ou de la plantation du légume sur les planches joignantes ! Il suffit de s’adapter au voisinage.

Concernant l’entretien des bandes fleuries, il y a aussi, bien sûr, ces ballades d’inspection tranquille qui permettent de trucider le végétal indésirable repéré… (si l’on est muni de son opinel !) ; ballades qu’il ne tient qu’à la décision de qui les font de transformer en ces précieux moments de «promenade méditative au crépuscule» le long des fleurs : au delà des auxiliaires, c’est donc un bénéfice apporté au mental des Biaux Jardiniers.

   

Aussi sous tunnel.

Contrairement aux pratiquants  de la culture biologique intensive sur petite surface qui traquent la moindre place libre pour y faire des légumes, les Biaux Jardiniers préfèrent consacrer les bords de chacun de leurs tunnels à des bandes fleuries (et donc  à la culture d’auxiliaires) et «perdre» le rang de salade ou de persil potentiellement supplémentaire.

Préparation manuelle.

Sous tunnel : préparation des bordures fleuries d'abord au

Bordures fleuries sous tunnel : finition avec le croc.

Culture.

Bordure fleurie "en production", allée permanente couverte par toile de paillage laissant la terre de la planche accessible aux auxiliaires.

Installation (et contrôle…) d’ortie, plante qui héberge pas mal d’auxiliaires, et notamment une punaise prédatrice très polyphage.

L'ortie héberge une punaise prédatrice très polyphage.

Au bilan :

C’est moins «propre».

Alors, oui bien sûr,  évidemment, çà fait moins «propre»… mais sauf pour une question de considération sociale, çà n’est pas un problème ! Orties et ronces notamment, consciencieusement installées puis maintenues en place sous tunnel ou en plein champ ne sont pas des images que la majorité des agriculteurs revendiquent car cela véhicule l’image d’une «exploitation mal tenue». Les bandes fleuries et autres techniques décrites ici doivent donc être portées, assumées, socialement : notre but de paysan n’est pas de «faire propre», c’est de «faire bio».

Aide aux planches permanentes.

Au bilan, à une époque où les références n’existaient pas, la mise en place en 2001 des bandes fleuries pluriannuelles nous aura permis d’oser risquer l’expérimentation du travail en planche permanente : leur mise en place généralisée aura joué le rôle d’outil pour la transition vers le travail en planche permanente en «fixant» les limites de chaque carré, elles nous ont facilité le passage progressif à cette «pratique adaptée et innovante» (qui s’est avérée une technique agronomique avec énormément d’avantages dans notre situation). Pas certains que nous aurions osé, puis réussi, sans elles. Nous aurions vraiment perdu quelque chose…

Aide à l’organisation.

En délimitant clairement et de manière absolument pérenne chacun des carrés, les bandes fleuries aident à l’organisation du jardin, tant pour l’établissement et le contrôle de la rotation, pour le dimensionnement des productions que pour l’entretien rationnel des cultures.

Bandes fleuries = repères fixes d'une année sur l'autre, qui viennent

Milieu équilibré.

Depuis donc bientôt 20 années, ce choix des bandes fleuries permanentes nous aura permis de multiplier au centre même du jardin des lieux de biodiversité utile potentielle, ce qui nous semblait une «assurance qualité» pour l’avenir, dans le contexte de production professionnelle qui est nécessairement le nôtre.

Refuges non travaillés.

Les bandes fleuries jouent donc aussi en plusieurs occasions le rôle de refuge lors de certains travaux : aux moment où le maraîchage des planches voisines devient un milieu provisoirement hostile ou peu accueillant pour les insectes auxiliaires.

  • refuge au milieu d’engrais vert broyé…

… mais toujours en «fauchage sympathique» (explications ICI)

  • refuge quand sol nu…

Bande fleurie entourée planches permanentes de sol nu prêtes à être plantées et semées.
  • refuge lors d’occultation…

La bande fleurie, milieu favorable aux auxiliaires malgré l'occultation en cours.
  • refuge en cas de planches permanentes de légumes cultivés sur film paillage…

Et cela, les bandes fleuries l’apportent en toute saison

… et «en même temps» sans laisser la friche gagner : c’est donc bien une pratique agricole.

Et les ravageurs ???

À l’expérience, nous constatons que les attaques de parasites sont très limitées, et il nous semble observer que «çà va dans le bon sens» malgré des évolutions météo et / ou climatiques «surprenantes» voire difficiles ! Il nous semble que cela va dans le bon sens aussi si on se réfère à ce qui est proné comme utilisation d’insecticides biologiques non sélectifs dans les livres et conférences ou vidéos internet de «petits jardiniers maraîchers intensifs» ou de permaculteurs en micro-fermes sur petite surface super intensives hyper fertilisées» !!

Autonomie paysanne.

Toute notre pratique paysanne est très loin d’être une «science exacte», c’est une démarche. Nous cherchons, nous observons, nous esssayons, nous interprétons, nous modifions, nous tâtonnons, et bien sûr parfois nous nous plantons (c’est le paradoxe du maraîcher : souvent il plante… parfois il se plante !). Nous n’expérimentons que très empiriquement, comme des paysans. Bref, nous tâtonnons. À nos seuls frais. Nous essayons de voir les erreurs et d’éviter de les renouveler, d’apprendre de ce que l’on observe. Et en groupe autant que possible. Ce qui, pour les Biaux Jardiniers du moins, est bien plus passionnant qu’appliquer scrupuleusement, (voire scolairement ou mécaniquement) les préceptes détaillés dans le livre ou le stage vendus par le communiquant de la méthode miraculeuse… même si elle est idéale !

Notre métier !

Avec d’autres, parmi d’autres, cette technique des bandes fleuries, tant par la façon de voir qu’elle nous incite à pratiquer, que par la place qu’elle nous donne en tant que travailleur dans la marche de la ferme et la vie du milieu dans lequel nous vivons, ou par le type de travail et de compétences qu’elle mobilise et valorise, redonne de la noblesse à notre métier de paysan.