Sans insecticide de synthèse

Pour ne pas avoir besoin des insecticides de synthèse pour lutter contre les parasites des cultures, c’est finalement plutôt simple : les Biaux Jardiniers travaillent dans une optique qui pourrait éventuellement se nommer valorisation du milieu si on utilise les éléments de langage contemporains, ou travail en harmonie avec le milieu, voire agriculture Bio paysanne, consistant principalement en :

  • un entretien «écolo» de l’ensemble de la ferme,
  • des bandes fleuries permanentes au jardin,
  • des aménagements spécifiques systématiques.

«Aménagements».

Aussi préservé soit l’ensemble d’une ferme diversifiée, reste cependant une question : comment faire en sorte que tous ces animaux qui peuvent aider le maraîcher ne soient pas rebutés par l’activité même du maraîcher (qui, fondamentalement, reste un intrus !), ou les conséquences de son activité ? (potentiellement nocive par système !). Comment faire pour que l’auxiliaire potentiellement régulateur des populations de ravageurs «ait envie» de se déplacer jusque dans les planches de légumes alors qu’il y a un milieu qui lui convient probablement bien (ou mieux) juste où il est ??? C’est pour répondre à cette situation que les Biaux Jardiniers

  • mettent en place au milieu même des carrés de légume des aménagements qui se veulent «attractifs»
  • gèrent les abords immédiats des planches de légumes (allées, engrais verts) en évitant ce qu’ils pensent décourageant voire nocif pour les auxiliaires présents sur la ferme et réalisent ce qu’ils pensent favorable à leur circulation paisible partout dans le jardin jusque au milieu de ses carrés de légume.

Rapaces.

Les rapaces sont d’excellents prédateurs des rongeurs ; nous installons donc quelques simples piquets aux «endroits stratégiques», ils attirent principalement la buse variable, mais pas que.

Les lieux humides, les flaques, attirent de nombreux oiseaux, gros consommateurs d’insectes

Batraciens.

Lors des travaux d’assainissement ou de terrassement (qui ont pour but d’assécher les endroits où l’eau envahit nos cultures et voies de circulation), nous gardons systématiquement de la place pour un environnement humide favorable à certains auxiliaires. Par exemple : creuser un fossé d’évacuation pour protéger le jardin des eaux de l’amont est l’occasion d’en recreuser une partie à un niveau plus bas que son évacuation, ce qui nous permet de créer une petite mare qui apporte la présence quasi permanente d’assez d’eau pour y attirer les batraciens. Une fois installés, ils pourront participer efficacement par exemple à la prise en charge de la régulation des limaces. Il suffit ensuite d’assurer le maintien d’un niveau d’eau permanent suffisant en cas de besoin par l’ajout éventuel d’un peu de l’eau d’arrosage.

Et çà marche !

Auxiliaire de lutte biologique contre les limaces...

Corridors.

Les milieux végétaux variés présents sur notre ferme (prairie permanente, bocage, prairie inondable, bois, prairie temporaire, arbres isolés et têtards, etc…) apportent une grande diversité. Mais bien sûr, ces milieux favorables à la biodiversité se situent pour l’essentiel à l’extérieur des parcelles de légumes. Alors : quid du centre du jardin lui-même ??? Comment attirer les auxiliaires jusqu’au milieu des planches de légumes elles-mêmes ??? En installant des liaisons, des «corridors écologiques» facilitant les déplacements des insectes entre ces lieux, entre les périphéries du jardin et son centre. Et en décidant de ne pas détruire les lieux de vie des auxiliaires par un de ces entretiens de type «espace vert / tondeuse à gazon hebdomadaire» qui «fait propre» (mais très mal au milieu…)

Nous choisissons de n’entretenir que très légèrement ces lieux de potentielle circulation d’insectes de façon à ne les perturber qu’au minimum compatible avec la culture maraichère. «Toutes ces bestioles» peuvent ainsi se déplacer avec moins de risque vital et  visiter - et coloniser -  l’ensemble du jardin grâce à ces «corridors écologiques». Au pied des haies par exemple, la végétation des lisières n’est jamais complètement fauchée, et jamais tous les ans partout à la fois : la lisière entre une haie et la «prairie permanente» qui la longe (même si cette «prairie» - qui est en fait une voie de circulation en bout des planches de légumes - n’a que quelques mètres de largeur), est une zone riche de cohabitation de milieux et donc d’individus différents (c’est le cas le long de toutes les frontières…sous réserve de la qualité de l’intervention humaine…). En bout des planches  aussi, nous choisissons de laisser la végétation de fleurs déjà présentes se développer, ce qui contribue à mettre en relation les bandes fleuries entre elles. Que ce soit au bout des planches cultivées en engrais verts

ou en bout de celles cultivées en légume.

En bout de planche, l'allée n'est pas intégralement tondue.

Arbres isolés.

Des arbres isolés ppour fvoriser la biodiversité, même à coté des tunnels.

En plusieurs places du jardin, les Biaux Jardiniers ont laissé se développer des arbres qui s’étaient spontanément semés, principalement des chênes. Et ils en ont guidé la croissance. Avec le temps, ils offrent des perchoirs, de l’ombre, un type de couverture de sol par les feuilles, etc… bref, un milieu différent du maraîchage, qui permet d’ajouter de la biodiversité. Bien sûr, il faut aussi veiller aux difficultés de cohabitation des branches couvrantes avec par exemple les tunnels… et faire appel à des travailleurs pertinents sur ce sujet !

Taille douce = élagage sélectif

«Gestion» écolo du milieu.

Dans le cadre «préventif» de l’entretien écologique de l’ensemble de notre ferme : haies bocagères évidemment, mais plus largement, nous essayons de préserver sur l’ensemble du jardin un milieu équilibré, favorable aux auxiliaires, dans nos différentes pratiques paysannes :  fauche sympathique, entretien sélectif, fauches décalées, broyages peu fréquents, pas de passage en rase-mottes, conservation de lieux «sauvages» d’arbres isolés etc… bref, l’anti tondeuse à gazon, l’anti «faire propre».

Lieux «sauvages».

La ronce, l’ortie, le prunelier, le lierre… entre autres, attirent, nourissent, hébergent, bien des auxiliaires, par exemple Macrolophus, une punaise très polyphage ; ils attirent aussi des pollinisateurs. L’enjeu est donc de définir «au beau milieu du jardin», des emplacements où il est possible de les laisser pousser plusieurs années de suite sans trop de gêne pour le travail agricole ; et d’avoir assez de ces emplacements pour éviter l’enfrichement (ou le boisement spontané…) tout en les renouvelant régulièrement de temps en temps, tout en en gardant toujours plusieurs d’opérationnels…

Ronce + ortie + lierre = abris pour de nombreux auxiliaires

Ces aménagements aussi simples que peu couteux sont aisés à mettre en place, et leur efficacité n’est pas discutable pour attirer près des légumes des auxiliaires qui se déplacent sur quelque distance. Leur entretien et leur «surveillance» ne demandent qu’un peu d’investissement mental, de planification… et de travail suivi. Et de volonté aussi de passer outre les éventuels regards réprobateurs du voisinage !

Bref, cela demande surtout de la décision … mais pas plus que les autres pratiques biologiques !

Allées enherbées.

Dans tout le jardin, de larges allées enherbées permettent la circulation à pied, en brouette, les passage de tracteur pour le transport des récoltes, les manoeuvres de tracteur lors du travail du sol, etc… Ces allées sont bien évidemment entretenues de très près puisque leur «carrossabilité» l’exige (le confort des pieds maraîchers aussi). Alors, pour favoriser la vie des insectes, nous avons choisi de n’en broyer régulièrement que la partie centrale, strictement indispensable aux passages des Biaux Jardiniers : et uniquement sur la seule largeur du tracteur. Et assez souvent pour faciliter le travail des Biaux Jardiniers (les travailleurs ont des droits).

Cela permet de laisser mieux se développer la végétation en bordure : celle qui potentiellement relie entre elles toutes les planches en légumes et en bandes fleuries permanentes, avec comme objectif là aussi de créer un «corridor» écologique pour la circulation des insectes et aider à leur meilleure exploration de tout le jardin et ses cultures. Là, les passages d’entretien sont beaucoup moins fréquents.

Cela permet de moins déranger la faune. Et de laisser le temps à la végétation de se développer… et fleurir. Et même parfois grainer. Et comme une bande tenue broyée est entretenue juste à coté, cela n’empêche pas les Biaux Jardiniers de disposer tout au long de la saison dans leurs chemins d’une place pour marcher le matin sans se mouiller les mollets de rosée, et sans devoir avancer en levant toujours plus haut les pieds pour cause de manque d’entretien…

Comme tous les auxiliaires présents au jardin, les Biaux Jardiniers ont  besoin que les conditions répondant à leurs besoins soient réunies… Nous avons la volonté de concilier respect et valorisation des auxiliaires avec respect et valorisation du travailleur agricole… par des actions simples.

Fauche décalée…

La fauche décalée ? çà consiste tout simplement à ne pas réaliser toutes les fauches au même moment. C’est à dire programmer les fauches de telle façon qu’il y ait toujours des parties fraîchement coupées à coté des parties en fleurs :  juste le contraire de la politique de la tondeuse à gazon de type espace vert ! On peut ainsi concilier entretien régulier ET conservation d’un milieu plus «mûr» qui sert de refuge pendant la repousse de ce qui a été coupé pas loin, jusqu’à ce qu’on face le vice-versa. Cette façon de faire peut se pratiquer un peu partout sur la ferme et nous l’appliquons à l’entretien…

…des allées,

Les bordures des allées ne sont pas forcément broyées au même moment de chaque coté de l’allée de circulation

…des engrais verts.

On peut aussi choisir de ne pas tout broyer le même jour dans un carré en engrais vert. Par exemple dans un mélange de graminées comprenant aussi de la luzerne, si on ne broie qu’une partie des planches,

cela permettra d’échelonner sa floraison par succession et donc d’allonger la période avec de la fleur de luzerne disponible pour les insectes butineurs. Dans un engrais vert pluriannuel en début de vie, la différence de pousse entre les planches obtenue par la fauche décalée fauche aussi de provoquer une possible différenciation dans les dominances végétales, donc dans la répartition des divers espèces du mélange pluri-annuel semé.

Dans le cas d’un mélange diversifié contenant des céréales, on peut par exemple choisir de ne broyer que celle ci dans un premier temps, et assez haut pour seulement en éviter l’épiaison, voire uniquement une partie des planches,

tout en laissant donc aux espèces les plus basses le temps nécessaire pour fleurir ensuite dans un milieu différent.

Entretien sélectif.

L’entretien sélectif, çà consiste tout simplement à regarder, puis faire des choix : choisir ce qu’on garde, choisir ce qu’on coupe. Avec par exemple la faux à moteur, on peut laisser pousser certains des végétaux choisis,  présents un peu partout au jardin

notamment dans les bords des allées : ceux dont nous recherchons la présence puisqu’il est établi qu’ils favorisent les auxiliaires. Ils viennent d’ailleurs peut-être d’individus des bandes fleuries, et qui ont grainé…

L'entretien sélectif permet de multiplier plantain, achilée,...

Ça nous semble bon pour le milieu… et bon aussi pour celui qui s’use la santé à manier l’outil à moteur : çà aide à garder l’oeil vif et les neurones en éveil… et à ne pas se transformer en objet de la machine !  Les Biaux Jardiniers ont plaisir aussi à ne pas travailler «bêtement». Chaque fois que la configuration des lieux y incite, ils évitrent l’attitude «faire propre type espace vert» en préservant de la diversité.

Les passages d’entretien des bordures d’allées (qui sont aussi les «bouts» des planches de légume) sont assez peu fréquents. Il nous semble que en combinant fauches décalées et entretien sélectif, les conditions deviennent alors beaucoup plus favorables aux insectes aussi en bout de planches : leur circulation d’une bande fleurie à l’autre (donc d’un carré de légume à l’autre) en est facilitée.

Bouts de planches entretenus de façon à mettre les bandes fleuries en relation entre elles.