Avant culture : faux semis + occultation

«Faux semis et occultation sont les deux mamelles du maraîcher bio du XXI ème siècle !»

Le faux semis

est cette technique traditionnelle, patiquée par les maraîchers depuis des sciècles, qui consiste à préparer le sol suffisamment longtemps à l’avance pour faire lever les graines d’adventices présentes dans le sol et ainsi avoir le temps de les détruire avant le semis de la culture, par exemple par un passage de rateau. Il faut donc enclencher leur germination en préparant la terre aussi finement que si on allait semer la culture elle-même. Un passage de rouleau favorise un bon contact terre / graine et le suivi régulier de l’humidité par l’arrosage permet d’obtenir une bonne levée .  

Il s’agit ensuite de détruire la levée d’herbe par le passage d’un outil assez agressif pour être efficace contre les plantules levées mais assez délicat pour ne pas trop travailler le sol au point de remettre en route une nouvelle germination. Anciennement, les maraîchers détruisaient cette levée d’herbe par «un p’tiot coup d’rateau». Actuellement, la herse étrille permet de mécaniser ce travail sur une plus grande surface. 

Autre système : les toiles d’occultation qui permettent de tuer les adventices levées, par étiolement, et sans aucun travail de sol.

L’occultation 

est une modernisation dérivée de la méthode précédente, qui peut se mettre en oeuvre grâce à l’utilisation des films plastiques noirs. Il s’agit d’obtenir la destruction des adventices, mises en germination par les façons culturales, en les privant de lumière. Parfois, en cas de faibles températures, pour être plus certain d’obtenir la levée des graines présentes dans le sol, les Biaux Jardiniers commencent par une «pseudo-solarisation« avec un film «étudié pour» obtenant ainsi une élévation des températures de sol et d’air. Mais cela n’est nécessaire que exceptionnellement.

En augmentant ainsi la témpérature du sol, notamment en début de saison, on a plus de chances de réussir la levée des adventices, particulièrement celles qui se développent pendant l’été. Ainsi, on «prend de l’avance» sur l’adversaire !

Une fois cet objectif atteint, on remplace les films de solarisation (qui peuvent alors servir sur une autre culture) par des toiles noires tissées et on fait une «occultation». Les toiles tissées sont fixées au sol par des agrafes métalliques.

Ainsi privées de lumières, les jeunes plantules qui avaient levé s’étiolent et disparaissent. Bien sûr, il ne faut pas oublier d’arroser autant que de besoin pour que les levées d’herbes continuent à se faire et que les plantules levées s’étiolent sous la bâche noire.

Un peu plus tard, on peut débâcher et donc semer dans un terrain propre :

Nous parachevons l’occultation en refixant les bâches par dessus le semis pour quelques jours. Si on ne laisse pas le sol se dessécher en surface, les conditions sont favorables à une levée rapide et homogène, il faut donc bien surveiller : dès que les premières graines de la culture semée commencent à lever, et si le soleil n’est pas trop agressif, nous enlevons les bâches d’occultation pour éviter que les plantes semées ne s’étiolent. Les bâches sont pliées,

les largeurs marquées à nouveau (les inscriptions s’effacent avec le temps), puis rangées à l’abri (notamment de l’agression par les ultra-violets) en attente d’un prochain usage.

On range aussi toutes les agrafes métalliques qui servaient à maintenir les toiles au sol en cas de vent. Ainsi que l’outil «auto-construit» qui permet de les arracher facilement.

Dès le lendemain, la levée s’est généralisée, 

et peu après, on voit bien les trois rangs de chaque planche (hé hé hé pas super droits !!! effectivement, mais parallèles, ça ira pas mal pour le binage mécanique).

Un bon départ (levée régulière, pas d’adventices) des cultures en semis direct amène en général de la sérénité aux biaux jardiniers. 

Morale de l’histoire :

«ça fait don ben beaucoup de plastique tout çà», diraient les esprits chagrin…

Et ben voui, répondrait le biau jardinier, tout à fait exact… Encore que les toiles d’occultation s’utilisent pendant de nombreuses années (plus de 10 ans) et sur plus d’une culture chaque année, ce qui fait au bout du compte (mais encore faut il accepter de compter) assez peu de matière consommée. 

Mais surtout, il nous semble que l’aspect humain doit être considéré en priorité :

- si on souhaite aux travailleurs bio de la terre des conditions sociales meilleures que celles de leurs collègues sri-lankais ou d’Alméria…

- si on pense qu’une brigade permanente de stagiaires non payés (voire qui paient pour passer quelques jours dans une «ferme» (?!) d’initiation à des méthodes miraculeuses de culture encore plus bio que bio) çà y ressemble un peu …

- si on constate que le consommateur n’est pas prêt à payer la carotte à un prix «trop» élevé (par rapport à la carotte de culture agro-chimique) et ben hein, ma foi, hein !