La méthode corse

Les diverses méthodes  de faux semis ont en commun une limite : ll faut que soient réunies les conditions adéquates pour que les graines d’adventices lèvent (élémentaire, mon cher Watson !).  Or, humidité, durée disponible avant l’implantation de la culture, mais surtout température, ne sont pas des conditions réunies en toute saison, notamment au printemps, avant la mise en place des premières cultures précoces de plein champ.

Nous utilisons donc une méthode que certains maraîchers pleins d’humour et d’auto-dérision ont baptisée  : la méthode corse… parce que le terrain est intégralement plastiqué Boum ! Ah Ah Ah !

Dans ce système, les planches de culture sont paillées à la dérouleuse 

Pose mécanisée du film de paillage sur la planche permanente.

avec un film polyéthylène très fin (15 microns) ou un biodégradable (selon la durée de la culture)

et les allées sont ensuite couvertes d’une toile noire épaisse tissée qui est déroulée et fixée manuellement.

Les toiles d'allées sont fixées au sol par des agrafes métalliques pliées à nos dimensions.

Un petit bricolage permetra d’enrouler mécaniquement les toiles après usage, tout en les nettoyant. Elles seront disponibles pour servir ailleurs.

Nous utilisons la méthode corse pincipalement pour le carré des échalotes / oignons 

ainsi que celui des petits pois.

C’est à dire les cultures implantées en plein champ en début de saison.

​Évidemment, en fin de culture, il y a tout ce film de paillage à enlever : celui de la planche qui est soulevé mécvaniquement et qu’il faut nettoyer correctement pour qu’il soit accepté au recyclage lors des collectes agricoles plutôt que déposé en déchetterie. Et celui de l’allée qu’il faut enrouler (grâce à une petite machine de fabrication très locale) pour stockage en attente d’une prochaine utilisation.

la toile de paillage d'allée est réenroulée mécaniquement à l'aide d'un petit moteur hydraulique

La tension permet de nettoyer ce qui est enroulé.

nettoyage en même temps que enroulage

Ces toiles sont retirées en cours de culture, dès que l’enherbement n’est plus à craindre.

Elles sont assez solides pour que nous les utilisions une bonne dizaine d’années, ce qui au bilan entraine peu d’utilsation de matière.

La présence de bandes fleuries régulièrement réparties dans tout le jardin permet d’offrir un refuge aux insectes rebutés par la surface de paillage, c’est pourquoi les baux jardiniers les soignent particulièrement tout au long de la saison.

Voisinage méthode corse et bandes fleuries permanentes.

bande fleurie repiquée entre, à gauche, occultation avant semis et à droite oignon en méthode corse

bande fleurie à base de coquelicot et bleuet en bordure du carré oignon/échalote

Un autre lieu de refuge pour les insectes auxiliaires, qui ont besoin de butiner et se nourrir, c’est le bout des planches. Les chemins du jardin, au lieu d’être toujours «parfaitement» tondus de frais genre pelouse de lotissement, comportent près des planches de culture des bandes qui ne sont pas fauchées, ce qui permet de diversifier la flore, d’apporter des fleurs aux butineurs, etc. Évidemment, l’entretien, forcément manuel puisque sélectif, de ces endroits, demande plus de temps qu’un simple passage de broyeur.

bande enherbée en début et cours de floraison, en bout des oignons conduits en méthode corse.

principe de la fauche sélective appliquée au maraîchage

 Re-morale de l’histoire :

«ça re fait don ben beaucoup de plastique tout çà», re-diraient les esprits chagrin…

Et ben voui, re répondrait le biau jardinier, tout à fait exact… Encore que les toiles installées dans les allées s’utilisent pendant de nombreuses années (plus de 10 ans) et sur plus d’une culture chaque année, ce qui fait au bout du compte (mais encore faut il accepter de compter) assez peu de matière consommée. Et le paillage des planches est fait avec le film le plus fin que l’on trouve sur le marché.

Mais surtout, il nous semble que l’aspect humain doit être considéré en priorité :

- si on souhaite aux travailleurs bio de la terre des conditions sociales meilleures que celles de leurs collègues Sri Lankais ou d’Alméria…

- si on pense qu’une brigade permanente de stagiaires non payés (voire qui paient pour passer quelques jours dans une «ferme» (?!) d’initiation à une des méthodes miraculeuses de culture encore plus bio que bio) çà y ressemble un peu …

- si on constate que le consommateur n’est pas prêt à payer la carotte à un prix «trop» élevé ( trop = par rapport à la carotte de culture agro-chimique) et ben hein, ma foi, hein !

Sachant que, bien évidemment, l’utilisation de films de paillage polyéthylène ou polypropylène pour mettre en oeuvre les diverses techniques de maitrise de l’enherbement n’est pas incompatible avec la mise en place et l’entretien des bandes fleuries utiles pour héberger et multiplier les insectes auxiliaires des cultures, l’entretien du bocage, ec…

repiquage de coquelicot, bleuet,etc... pour favoriser les auxiliaires entre les carrés de maraîchage