Cultiver des bandes fleuries

   
   
   

Plusieurs critères

et objectifs nous guident dans le choix des variétés qui composent le mélange installé pour plusieurs années consécutives sur la planche en bande fleurie. En vrac :

Lieu de tranquilité

  • Un lieu de «tranquilité» pour les insectes, avec au grand maximum un seul passage de tracteur par an, et chaque fois que possible pas d’intervention du tout avec le tracteur. Le but ? Peinards…

Floraison échelonnée.

  • Une floraison échelonnée suffisamment pour attirer les butineurs tout au long de la saison et ainsi faciliter la pollinisation des cultures.

Attirer.

  • Attirer les auxiliaires spécifiques des parasites de nos cultures en installant des plantes à parasite inféodé ( = parasite qui lui est spécifique => il n’y a donc pas de risque qu’il parasite nos cultures).

Certains végétaux attirent un puceron qui leur est inféodé : c'est

(par exemple le puceron spécifique du bleuet attire la coccinelle qui, elle, parasite plusieurs différents pucerons).

la coccinelle à 7 points parasite le puceron du bleuet, et bien d'autres pucerons...
  • Augmenter selon le besoin du légume voisin la proportion de plantes identifiées comme particulièrement efficaces pour attirer les prédateurs que nous recherchons.

Éviter les invasions.

  • Éviter les plantes repérées comme rapidement dominatrices des autres espèces pour préserver au mieux la biodiversité plusieurs années de suite sur la bande fleurie.

  • Limiter au maximum la concurrence pour les légumes des planches permanentes joignantes. Certaines espèces particulièrement imposantes, mieux vaut ne les cultiver qu’entre deux carrés en engrais vert…il suffit de le prévoir dans la rotation. Par exemple du mélilot.

  • Éviter absolument l’installation d’adventices qui graineraient dans les planches de légume et provoqueraient une charge de travail supplémentaire comme un risque pour les récoltes de légume.
  • Choisir des espèces issues de familles botaniques pas ou très peu cultivées au jardin pour essayer de provoquer plus de biodiversité.

Aussi des céréales.

Choisir des espèces peu ou pas cultivées sur la ferme pour plus de biodiversité, cela se traduit chez nous par notamment  le semis de quelques planches de bande fleurie en céréale (une culture absente de notre gamme de légumes, donc un enjeu d’autant plus important) et que nous laissons mûrir.

Sauf exception, la céréale est semée en mélange avec une fabacée (légumineuse) couvre-sol (voire souvent un mélange de plusieurs) dont le développement est plus tardif ; cela permet d’assurer la couverture du sol plusieurs mois après que la céréale soit arrivée à maturité. Les Biaux Jardiniers n’ont d’ailleurs là aussi rien inventé : ce système d’association céréale / légumineuse était pratique courante chez les collègues bio en polyculture élevage des années 1960 / 70. Ils utilisaient cette association pour limiter le salissement de leur céréale par les adventices et elle leur permettait après moisson une récolte plus rapide de fourrage au bénéfice de leur troupeau ; donc une meilleure productivité de la parcelle tout en en favorisant la biodiversité comme la fertilité.

Une bande fleurie de ce type peut couvrir la planche sur quasiment deux années, y compris deux hivers… et réussit très bien sans autre arrosage que l’eau qui tombe toute seule du ciel ! Selon les mélanges, elle assure une plus ou moins longue floraison.

Un des intérets de la céréale est aussi de fournir à maturité des tiges creuses, qui sont de potentiels abris d’hivernage, de changement de stade, ou de reproduction des auxiliaires. Expérience faite, elle peut s’entretenir avec le minimum d’agressivité pour la faune grâce à un passage de roloflex.

Céréale couchée par un passage de roloflex

Autour des bandes fleuries.

Comme elles délimitent nos carrés de culture, les bandes fleuries des parcelles longées par une haie bocagère n’en sont séparées que par les quelques mètres de l’allée enherbée. Cette proximité peut permettre à la faune de la haie - via cette connexion - de se déplacer éventuellement jusqu’au centre même du jardin : c’est la mise en place d’un système de «corridor écologique». Lieu d’autant plus intéressant aux moments où il y a des planches de sol nu pour cause de mise en culture !

Installer et entretenir

Pour semer les fleurs choisies, les Biaux Jardiniers utilisent, comme pour les cultures de légume, les différentes techniques à leur disposition, en fonction des types de mélanges ou de la situation de la planche.

Semis direct.

  • semis direct, à la main ou mécanique avec le semoir à engrais vert, par exemple après une occultation ;

Semis motte.

Mais le plus souvent, nous semons les fleurs en plaques de mottes, pour élevage en pépinière, quelques semaines dans la serre solaire du bâtiment, avant repiquage définitif en place. Le semis est manuel - par variété pure ou bien en mélange. La grande diversité de forme des graines (une quinzaine de fleurs différentes) oblige évidemment, à l’échelle du petit maraîcher diversifié, le semis manuel sauf exception.

Pépinière de plants d'une quinzaine de variétés pour bandes fleuries pluri-annuelles, réservoirs d'auxiliaires

Plantation.

Repiquage manuel.

La plantation se fait en alternant les diverses variétés par groupes d’importance suffisante. Et en fonction des situations, soit :

  • sur terrain nu, après occultation ou pas, en alternant les diverses variétés par groupes d’importance suffisante ;

l’entretien nécessaire pouvant éventuellement se faire rapidement avec la bineuse.

  • sur paillage biodégradable.

Dans ce cas, nous détruisons suffisamment le paillage un peu avant le moment où les graines des fleurs arrivent à maturité pour qu’en tombant, elles puissent germer au sol pour assurer le renouvellement et la pérénité de la bande fleurie dans sa diversité par re-semis «spontané».

Plantation mécanique.

Plantation mécanique de bande fleurie sur sol nu.

Mais quelle que soit la méthode utilisée, et au delà de la préparation du sol, des mélanges, des plants, etc… la bande fleurie est une culture à part entière !

Entretien.

C’est donc un réel travail d’entretien : arrosage de reprise,

Pour réussir la bande fleurie, son implantaion demande aussi de l'arrosage.

binage… (s)

et il est possible de devoir, au moins la première année, faire un petit passage à la main pour détruire les adventices qui réussissent à se développer malgré toute la prévention mise en oeuvre.

Ou devoir les années suivantes passer faire la chasse aux rumex (ou autres). Il y a aussi, selon sa composition, son ancienneté, etc… de l’entretien à réaliser quand la bande fleurie qui vit et prospère… s’élargit !  Mais rien n’empêche d’attendre «le dernier moment» pour passer le rotofil : celui du semis ou de la plantation du légume sur les planches joignantes ! Il suffit de s’adapter au voisinage.

Concernant l’entretien des bandes fleuries, il y a aussi, bien sûr, ces ballades d’inspection tranquille qui permettent de trucider le végétal indésirable repéré… (si l’on est muni de son opinel !) ; ballades qu’il ne tient qu’à la décision de qui les font de transformer en ces précieux moments de «promenade méditative au crépuscule» le long des fleurs : au delà des auxiliaires, c’est donc un bénéfice apporté au mental des Biaux Jardiniers.

   

Aussi sous tunnel.

Contrairement aux pratiquants  de la culture biologique intensive sur petite surface qui traquent la moindre place libre pour y faire des légumes, les Biaux Jardiniers préfèrent consacrer les bords de chacun de leurs tunnels à des bandes fleuries (et donc  à la culture d’auxiliaires) et «perdre» le rang de salade ou de persil potentiellement supplémentaire.

Préparation manuelle.

Sous tunnel : préparation des bordures fleuries d'abord au

Bordures fleuries sous tunnel : finition avec le croc.

Culture.

Bordure fleurie "en production", allée permanente couverte par toile de paillage laissant la terre de la planche accessible aux auxiliaires.

Installation (et contrôle…) d’ortie, plante qui héberge pas mal d’auxiliaires, et notamment une punaise prédatrice très polyphage.

L'ortie héberge une punaise prédatrice très polyphage.

Au bilan :

C’est moins «propre».

Alors, oui bien sûr,  évidemment, çà fait moins «propre»… mais sauf pour une question de considération sociale, çà n’est pas un problème ! Orties et ronces notamment, consciencieusement installées puis maintenues en place sous tunnel ou en plein champ ne sont pas des images que la majorité des agriculteurs revendiquent car cela véhicule l’image d’une «exploitation mal tenue». Les bandes fleuries et autres techniques décrites ici doivent donc être portées, assumées, socialement : notre but de paysan n’est pas de «faire propre», c’est de «faire bio».

Aide aux planches permanentes.

Au bilan, à une époque où les références n’existaient pas, la mise en place en 2001 des bandes fleuries pluriannuelles nous aura permis d’oser risquer l’expérimentation du travail en planche permanente : leur mise en place généralisée aura joué le rôle d’outil pour la transition vers le travail en planche permanente en «fixant» les limites de chaque carré, elles nous ont facilité le passage progressif à cette «pratique adaptée et innovante» (qui s’est avérée une technique agronomique avec énormément d’avantages dans notre situation). Pas certains que nous aurions osé, puis réussi, sans elles. Nous aurions vraiment perdu quelque chose…

Aide à l’organisation.

En délimitant clairement et de manière absolument pérenne chacun des carrés, les bandes fleuries aident à l’organisation du jardin, tant pour l’établissement et le contrôle de la rotation, pour le dimensionnement des productions que pour l’entretien rationnel des cultures.

Bandes fleuries = repères fixes d'une année sur l'autre, qui viennent

Milieu équilibré.

Depuis donc bientôt 20 années, ce choix des bandes fleuries permanentes nous aura permis de multiplier au centre même du jardin des lieux de biodiversité utile potentielle, ce qui nous semblait une «assurance qualité» pour l’avenir, dans le contexte de production professionnelle qui est nécessairement le nôtre.

Refuges non travaillés.

Les bandes fleuries jouent donc aussi en plusieurs occasions le rôle de refuge lors de certains travaux : aux moment où le maraîchage des planches voisines devient un milieu provisoirement hostile ou peu accueillant pour les insectes auxiliaires.

  • refuge au milieu d’engrais vert broyé…

… mais toujours en «fauchage sympathique» (explications ICI)

  • refuge quand sol nu…

Bande fleurie entourée planches permanentes de sol nu prêtes à être plantées et semées.
  • refuge lors d’occultation…

La bande fleurie, milieu favorable aux auxiliaires malgré l'occultation en cours.
  • refuge en cas de planches permanentes de légumes cultivés sur film paillage…

Et cela, les bandes fleuries l’apportent en toute saison

… et «en même temps» sans laisser la friche gagner : c’est donc bien une pratique agricole.

Et les ravageurs ???

À l’expérience, nous constatons que les attaques de parasites sont très limitées, et il nous semble observer que «çà va dans le bon sens» malgré des évolutions météo et / ou climatiques «surprenantes» voire difficiles ! Il nous semble que cela va dans le bon sens aussi si on se réfère à ce qui est proné comme utilisation d’insecticides biologiques non sélectifs dans les livres et conférences ou vidéos internet de «petits jardiniers maraîchers intensifs» ou de permaculteurs en micro-fermes sur petite surface super intensives hyper fertilisées» !!

Autonomie paysanne.

Toute notre pratique paysanne est très loin d’être une «science exacte», c’est une démarche. Nous cherchons, nous observons, nous esssayons, nous interprétons, nous modifions, nous tâtonnons, et bien sûr parfois nous nous plantons (c’est le paradoxe du maraîcher : souvent il plante… parfois il se plante !). Nous n’expérimentons que très empiriquement, comme des paysans. Bref, nous tâtonnons. À nos seuls frais. Nous essayons de voir les erreurs et d’éviter de les renouveler, d’apprendre de ce que l’on observe. Et en groupe autant que possible. Ce qui, pour les Biaux Jardiniers du moins, est bien plus passionnant qu’appliquer scrupuleusement, (voire scolairement ou mécaniquement) les préceptes détaillés dans le livre ou le stage vendus par le communiquant de la méthode miraculeuse… même si elle est idéale !

Notre métier !

Avec d’autres, parmi d’autres, cette technique des bandes fleuries, tant par la façon de voir qu’elle nous incite à pratiquer, que par la place qu’elle nous donne en tant que travailleur dans la marche de la ferme et la vie du milieu dans lequel nous vivons, ou par le type de travail et de compétences qu’elle mobilise et valorise, redonne de la noblesse à notre métier de paysan.